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algerie-indpendanceAu terme d’un conflit très violent de presque huit ans, et surtout de plus d’un siècle d’occupation coloniale, l’Algérie acquiert son indépendance le 5 juillet 1962. La guerre d’Algérie, qui n’a longtemps jamais porté ce nom, a laissé de profondes séquelles au sein des populations concernées, de part et d’autre de la Méditerranée, aux conséquences encore sensibles aujourd’hui. L’indépendance elle-même, et les conditions dans lesquelles elle a été obtenue, ont elles aussi eu un impact sur l’Algérie d’aujourd’hui.

 

Sept ans de conflit

Alors que la France tente de régler les questions tunisiennes et marocaines, la situation se détériore brutalement en Algérie le 1er novembre 1954. Le Front de Libération National récemment créé par Ahmed Ben Bella organise une série d’attentats qui font huit morts. Le gouvernement français réagit promptement par l’envoi de renforts militaires et des mesures répressives. Jacques Soustelle est nommé gouverneur général. Les velléités d’indépendance d’un côté et de maintien dans l’Union Française de l’autre sont irréconciliables et l’Algérie s’enfoncent dans une spirale infernale d’attentats et de répression.

Début 1957, l'armée française est massivement engagée dans le conflit, et lors de la “Bataille d’Alger” n’hésite pas à recourir à la torture pour mettre les réseaux du FLN hors d’état de nuire. En France, la crise ministérielle s’ajoute à la situation insurrectionnelle qui règne à Alger, et provoque le retour du général de Gaulle au pouvoir. Ambiguë sur la question algérienne, ce dernier ouvre la voie en septembre 1959 à un processus d’autodétermination, formalisé par un référendum le 8 janvier 1961. Le 20 mai, les pourparlers s’ouvrent à Evian avec le FLN.

Les Accords d'Évian : la fin de la guerre ?

evianIl y a débat encore aujourd’hui pour déterminer la fin effective de la guerre d’Algérie. En France, ce sont les accords d’Evian, signés le 18 mars 1962, et suivis d’un cessez-le-feu (tout relatif), qui sont censés la marquer. Mais ces négociations sont contestées, tant du côté français que du côté algérien, et la situation s’envenime à nouveau. Les Français d’Algérie (les pieds noirs) commencent à quitter le pays, l’OAS met en place une politique de terre brûlée, les harkis sont abandonnés, et les indépendantistes algériens se déchirent malgré leur victoire. Les signataires algériens des accords d’Evian sont loin de faire l’unanimité au sein du mouvement nationaliste, déjà divisé par les rivalités FLN/MNA les années précédentes. Le congrès de Tripoli de mai-juin 1962, malgré un accord final, dévoile au grand jour les rivalités qui rongent le FLN. Ce dernier obtient la primauté sur le GPRA, qui a signé les accords d’Evian, ce qui ne calme pas pour autant une véritable guerre entre factions. Il faut l’alliance entre Boumediene et Ben Bella pour que la situation se stabilise enfin…en septembre 1962.

L’indépendance de l’Algérie

algerie-indpendanceEntre temps, malgré les tensions entre Algériens et les actions terroristes de l’OAS, un referendum est organisé en Algérie le 1er juillet 1962, et le « oui » à l’indépendance l’emporte à plus de 99%. Les résultats sont actés le 3 juillet par le général de Gaulle, et l’indépendance  proclamée deux jours plus tard, le 5 juillet 1962. Une date plus que symbolique puisque le début de la colonisation de l’Algérie est en général lié à la prise d’Alger, le 5 juillet 1830. Dans tout le pays, c’est la liesse populaire, pour célébrer l’indépendance mais aussi la fin des violences. Le peuple crie « Sept ans ça suffit ! », et pourtant la violence parmi les Algériens reprend entre nationalistes, fin août, et ne s’achève donc qu’en septembre, avec les accords Boumediene/Ben Bella.

Le 5 juillet 1962 : le massacre d’Oran

Signe des conditions particulières de cette paix et de cette indépendance, le jour même de l’acquisition de sa liberté par le peuple algérien, a lieu à Oran le massacre d’une centaine de personnes, sans compter plusieurs milliers de disparus qui ne seront pas tous retrouvés les semaines suivantes. Alors que la foule algérienne gagne les quartiers européens, des coups de feu éclatent (certains évoquent une provocation de l’OAS), et commence une traque contre les Français encore présents. L’armée française n’intervient pas, et les survivants évoquent des scènes de torture, de pillage et des enlèvements.

pieds noirs 1962Le lendemain, le FLN a rétabli la situation, et le 12 juillet Ben Bella entre dans Oran. Comme souvent dans ce genre d’événement (à l’image de Sétif et Guelma le 8 mai 1945), le bilan final est très variable selon les sources, entre plus d’une centaine de victimes, et des milliers suite aux nombreuses disparitions ce jour et les suivants. Quoiqu’il en soit, le massacre d’Oran accélère le départ des Français d’Algérie vers la métropole.

Cet épisode, souvent occulté comme d’autres drames du même ordre lors de ce conflit (comme l’a été longtemps le 17 octobre 1961, par exemple), est toutefois symptomatique des conditions de l’indépendance, et surtout de ses conséquences douloureuses sur les populations des deux côtés de la Méditerranée. Alors que le FLN doit suite à sa victoire (re)construire le pays, le long travail d’histoire et de mémoire ne fait que commencer, et est loin d’être achevé, cinquante ans après l’indépendance de l’Algérie.

 

Bibliographie

-          B. Stora, Histoire de la guerre d’Algérie, La Découverte, 2004.

-          S. Thénault, Algérie : des « événements » à la guerre : idées reçues sur la guerre d’indépendance algérienne, Le Cavalier Bleu, 2012.