Les sept Merveilles du monde antique

Histoire Universelle | L'Antiquité, civilisations et empires

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Amoureux de l'art de voyageurs infatigables, les grecs anciens ont établi une liste de sept merveilles du monde antique. Ces monuments illustraient l'ambition fondatrice et artistique de l'humanité. Parmi ceux-ci on retrouve : le temple d'Artémis à Éphèse, les Jardins suspendus de Babylone, le colosse de Rhodes, la statue chryséléphantine de Zeus à Olympie, le mausolée d'Halicarnasse en Turquie, le phare d'Alexandrie et la pyramide de Khéops à Gizeh, la seule encore visible de nos jours. On ignore encore aujourd'hui comment cette liste est née au IIIe ou IIe siècle avant notre ère, ni qui en sont le ou les auteurs.

 

Origine et symbolique de la liste des sept merveilles

La liste des sept merveilles du monde a une histoire qu’il est difficile de retracer. La liste de Philon de Byzance est une compilation tardive de sources plus anciennes. Nous ne savons rien sur cet auteur. De plus, il ne cite pas le phare d’Alexandrie. Le phare d’Alexandrie est essentiel pour comprendre comment cette liste a été créé et donne une datation post quem Le choix de ne retenir que sept monuments est vraisemblablement lié aux milieux pythagoriciens et leurs passions pour les chiffres et les listes. Les historiens considèrent aujourd'hui que la liste a été établie dans les milieux littéraires alexandrins. Callimaque de Cyrène est souvent cité sans véritable certitude.

Une chose est sûre : à l’époque romaine, cette liste fait partie du savoir populaire. Lors de l’inauguration du Colisée de Rome en 80 apr. J.-C, le poète Martial en parle comme l’un des nombreux monuments qui rêvent de concurrencer les célèbres Sept Merveilles ; et le poète élégiaque Properce considère ses vers comme plus indestructibles que les pyramides, le Mausolée ou le temple de Zeus à Olympie. Un peu plus tard, des traités décrivent l’excellence de chaque monument — celui attribué à Philon de Byzance (probablement du Ve siècle) ou ceux de Grégoire de Tours (vf siècle) et Bède le Vénérable (vine siècle). Ils inspirent par la suite les artistes de la Renaissance.

La symbolique des Sept Merveilles commence par le nombre d’œuvres sélectionnées : sept, comme les sept sages de la Grèce, les sept collines de Rome dans l’Antiquité païenne et les sept péchés capitaux dans la religion chrétienne. La liste peut tout d’abord sembler hétéroclite : deux statues dédiées au culte (celle du dieu soleil Hélios à Rhodes et celle de Zeus à Olympie), deux tombes royales (la pyramide de Khéops et le mausolée d’Halicarnasse), des jardins (ceux de Babylone), une tour de guet (le phare d’Alexandrie) et un temple (l’Artémision d’Éphèse).

Mais tous ces monuments ont en commun d’avoir marqué l’imaginaire collectif, à tel point que certains ont donné naissance à des mots passés dans le langage courant : « colossal » désigne tout monument qui possède des proportions démesurées, comme le colosse de Rhodes ; « mausolée » s’applique aux luxueuses tombes de grandes personna lités, en souvenir de celle que le roi de Carie, Mausole, fit construire à Halicarnasse dans l’actuelle Turquie ; ou encore le « phare » qui porte ce nom depuis le premier qui s’éleva sur l’île de Pharos, en Egypte.

Les sept merveilles du monde antique

Avant de voir en détail chaque monument, il est nécessaire de faire quelques remarques préliminaires. Tout d’abord, le terme merveille n’est pas le terme utilisé à l'origine : ils ne sont que des monuments dignes d’être vus. C’est plus tard que l’expression merveille s’est imposée. Il s’agit en quelque sorte d’une brochure touristique. Le seul monument de cette liste qui est parvenu jusqu’à nous est la pyramide de Khéops. Cette merveille a un statut particulier : la New Seven Wonders Foundation lui a donné le statut de « merveille honoraire » et l'a retirée du vote.

La plupart des merveilles posent des difficultés aux historiens car elles nous sont assez peu connues (au niveau de leur aspect ou de leurs méthodes de construction) : les Jardins suspendus ou le colosse de Rhodes sont encore aujourd’hui, dans une large mesure, des énigmes.

La pyramide de Khéops

Les informations, théories et hypothèses sont abondantes à son sujet. Édifiée il y a plus de 4500 ans, la grande pyramide de Khéops à Gizeh est la plus vieille des merveilles. Elle n’est cependant pas la plus vieille des pyramides mais peut-être la plus aboutie. De 146.5 mètres de hauteur, la pyramide a été l’un des monuments les plus hauts du monde pendant de nombreux siècles. Nous ne décrirons pas le monument encore visible de tous et certainement très bien connu de nos lecteurs. La pyramide était destinée vraisemblablement à être la dernière demeure du pharaon Khéops mais nous n’avons cependant jamais retrouvé le corps.

Ce problème a excité la curiosité des chercheurs en tout genre tout comme les nombreux problèmes que pose la construction d’un tel monument. La présence de trois chambres funéraires renforce l’aura de mystère qui entoure la pyramide. Ce monument nous est parvenu dans d’assez bonnes conditions. Le monument n’a pas cessé d’intéresser les hommes : Al-Ma’mūn en 832 fouille la pyramide.

Mais c’est surtout l’expédition scientifique de Vivant Denon durant la campagne d’Égypte du général Bonaparte et la fameuse bataille des pyramides, le 21 juillet 1798, qui renforce l’intérêt des Français pour cette merveille et l’égyptologie.

Les jardins suspendus de Babylone

Les jardins sont le monument le moins connu des sept merveilles. Construits au VIe siècle avant notre ère sous le règne de Nabuchodonosor II, ces jardins sont le symbole de la fascination que Babylone a exercée sur les hommes. Les murailles et la Porte d’Ishtar ou la Tour de Babel sont autant d’autres monuments qui ont fait le prestige de la ville.

Les jardins ne sont pas une spécificité de Babylone : Ninive, par exemple, en possédait de somptueux (certains ont même pensé que les jardins suspendus n’étaient pas à Babylone mais dans cette ville). Le succès des jardins de Babylone vient essentiellement de ses dimensions imposantes. L’histoire du monument est très incertaine et nous ne savons pas dans quelles circonstances ces jardins disparurent.

La statue chryséléphantine de Zeus (Olympie)

Cette merveille faite d’or et d’ivoire est l’une des plus célèbres statues de l’Antiquité. Réalisée par Phidias au Ve siècle avant notre ère, l’œuvre trônait dans le temple de Zeus à Olympie. Phidias avait déjà réalisé une statue chryséléphantine très connue dans l’Antiquité : la statue d’Athéna Parthenos au Parthénon. La statue d’Olympie est sa dernière œuvre. Les nombreuses représentations (numismatiques en particulier) et descriptions d’époque permettent de se faire une idée assez précise de son aspect. Nous n’allons pas la décrire longuement ici car les représentations ne manquent pas.

La statue aurait été la plus imposante jamais construite en Grèce : douze mètres de haut. Zeus est assis sur son trône tenant de la main droite une Victoire (Niké) et de la main gauche un sceptre avec un aigle à son sommet. Il porte sur la tête une victoire de rameaux comme les athlètes qui remportaient les Jeux Olympiques. Le choix de l’or et de l’ivoire renvoie à des considérations esthétiques très en vogue dans l’Antiquité : l’ivoire renforce l’éclat de la peau blanche du Dieu tandis que l’or magnifie sa parure. La statue fut célébrée durant toute l’Antiquité.

Lorsque l’empereur Théodose abolit le paganisme en 380, personne ne profane la statue. Au Vème siècle, elle est transférée à Constantinople. Elle fut cependant détruite lors d’un incendie en 475.

Le mausolée d'Halicarnasse

Le tombeau du satrape de Carie Mausole à Halicarnasse (Turquie actuelle) a frappé les contemporains. Construit par lui de son vivant puis à sa mort en 353 avant notre ère par sa sœur et veuve Artémise II, le monument mesurait près de 45 mètres de haut. Le monument comportait des frises de grande qualité ainsi que des statues qui pouvaient atteindre 3 mètres de hauteur.

Le mausolée d’Halicarnasse est en quelque sorte une synthèse des canons esthétiques de Grèce, d’Asie Mineure et d’Égypte et fournit une synthèse architecturale du monde méditerranéen oriental avant les conquêtes d’Alexandre le Grand.

Il était si grand et si richement décoré que le nom de mausolée finit par désigner tout tombeau monumental. Par la suite, les mausolées se multiplièrent. On peut citer le mausolée d’Auguste ou celui d’Hadrien à Rome qui aujourd’hui abrite le château Saint-Ange. Le mausolée resta en érection jusqu’au XIIIe siècle. Le site devint une carrière pour la construction du château Saint-Pierre. Le monument fut ensuite redécouvert par Charles T. Newton au XIXe siècle. Sur le site furent retrouvés de nombreux fragments qui montrent un aperçu de l’éclat du tombeau de Mausole dans l’Antiquité.

Le temple d'Artémis (Éphèse)

Alexandre Le Grand admira ce temple encore en travaux en 334 avant notre ère. Le temple d’Artémis ou Artémision d’Éphèse est de grande dimension : 115 mètres de longueur sur 55 mètres de largeur et haut de 19 m. Ce temple est dédié à la déesse grecque tutélaire de la ville : il a été reconstruit suite à un incendie en 356.

Qu’est-ce qui fait que ce temple ait été mis dans la liste des sept merveilles ? Ses grandes dimensions et son décor fastueux ont contribué à ce privilège. À l’intérieur du temple se trouvait la célèbre statue d’Artémis d’Éphèse. Le succès de la statue est lié à sa polymastie (nombreux seins) : c’est une Artémis de la fertilité qui était célébrée dans ce lieu.

Les copies permettent encore aujourd’hui de voir dans de nombreux musées quelle apparence avait cette statue : la plus spectaculaire est celle conservée encore aujourd’hui au musée de Naples. Le temple d’Artémis fut cependant détruit bien plus tard dans des circonstances non assurées à la fin de l’Antiquité. Les sources archéologiques permettent cependant de se faire une idée assez précise de l'aspect du monument. Certaines colonnes sculptées retrouvées lors des fouilles se trouvent aujourd’hui au British Museum.

Le colosse de Rhodes

C’est la merveille qui fut visible de tous le moins longtemps. Érigé au début du IIIe siècle avant notre ère, le colosse est terrassé par un tremblement de terre en 227-226 soit un peu plus de cinquante ans après sa construction. Le colosse représentant le dieu Hélios mesurait 34m de haut. C’est cette statue qui fit changer le sens du mot colosse : au départ simple statue, le colosse devint une gigantesque sculpture. Le culte d’Hélios était important sur l’île car selon la légende c’est Hélios qui aurait fait sortir des flots l’île de Rhodes. La statue se dressait à l’entrée du port. Les représentations représentant le colosse enjambant le port sont fantaisistes et résultent de mauvais renseignements du XIVe siècle.

La localisation exacte du colosse est encore aujourd’hui incertaine. Le colosse de Rhodes est un bijou de l’ingénierie et de l’art hellénistique et explique, en grande partie, l’intégration du colosse dans la liste des sept merveilles du monde. Le colosse à terre, les ruines de cette statue furent préservées du pillage et les voyageurs purent les contempler comme Pline l’Ancien. C’est seulement en 654 de notre ère que les derniers restes disparurent définitivement.

Cette statue a cependant eu une postérité importante : le colosse de Néron est un successeur du colosse de Rhodes tout comme, plus proche de nous, la statue de la Liberté.

Le phare d'Alexandrie

Le fameux phare immortalisé dans de nombreuses bandes dessinées ou films fascine encore aujourd’hui. Ce phare s’élevait à 135 mètres de hauteur vraisemblablement, sur le lieu de l’actuel fort Qaitbay et permettait de guider les marins. La construction de ce monument est datée autour des années 290/280 avant notre ère. Le monument était le premier que l’on apercevait par la mer lorsqu’on se dirigeait vers la capitale des Ptolémées.

Le phare d'Alexandrie, décidé par Ptolémée I mais exécuté par Ptolémée II, devait symboliser la grandeur et la magnificence de la cité. Le nom de phare vient du nom de l’île Pharos où  le monument était construit. C’est plus tard qu’on a désigné tous les monuments de ce type du nom de phare.

Aujourd’hui ce monument est associé au nom de l’archéologue Jean-Yves Empereur qui a effectué des fouilles sous-marines autour du fort Qaitbay où a été retrouvé, eentre autres, la statue d’un Ptolémée qui devait être située à l’entrée du Phare. Le monument survécut à l’Antiquité et disparut seulement au XVe siècle à la suite d’un tremblement de terre. Le phare demeure encore aujourd’hui l’emblème de la ville fondée par Alexandre le Grand.

Sept merveilles du monde antique... sans Rome

Les Sept Merveilles sont bien une création grecque. Au Ve siècle av. J.-C, Hérodote, grand voyageur considéré comme le père de l’histoire, consacre les premières pages de son Histoire à ces merveilles à Babylone et en Egypte. Certains monuments tels que les pyramides existent déjà depuis mille cinq cents ans quand il les contemple. Leurs dimensions impressionnantes et leur beauté majestueuse captivent le regard de l’historien et frappent l’imagination de ses lecteurs.

Mais les Grecs ajoutent à la majesté des premiers monuments la prouesse technique des détails et le raffinement de leurs propres créations, avec par exemple la statue chryséléphantine (d’or et d’ivoire) de Zeus à Olympie ; ils rivalisent ainsi avec les grandes civilisations orientales qui les ont précédés.

Ainsi, les sept merveilles du monde antique ont fasciné durant des générations les hommes. La mémoire de ces monuments a été ravivée par bien des descriptions et illustrations dont de nombreuses ont été fantaisistes. Pour autant, c’est le génie prométhéen de l’homme qui est célébré à travers ces monuments. Elles sont également le reflet de la domination grecque sur le monde à l’époque hellénistique. Ce monde centré sur la méditerranée orientale exclut de fait Rome et Carthage qui ne sont pas encore au fait de leur puissance. La liste des sept merveilles du monde aurait certainement été différente si elle avait été établie à l’apogée de l’Empire romain quelques siècles après.

Bibliographie

- ADAM Jean-Pierre, Nicole BLANC, Les Sept Merveilles du Monde, Perrin, Paris, 1989.

- CLAYTON Peter Arthur, PRICE Martin Jessop (dir.), Les Sept Merveilles du monde, Le Promeneur, Paris, 1993.

 

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