grande pyramide kheopsLa grande pyramide de Khéops en Egypte est la plus gigantesque construction de l’Antiquité et la seule des Sept Merveilles du monde encore existante. Aux côtés des pyramides de Khéphren et de Mykérinos, la massive pyramide de Khéops, la plus importante du groupe de Gizeh, atteignait 147 mètres de haut et son orientation ne s’écartait que de 5’30”du nord géographique. Elle apparaît aujourd’hui privée de son revêtement externe (enlevé par les Arabes pour servir de matériau de construction) et de son sommet (pyramidion). Sa hauteur n’est donc plus que de 137 mètres environ. Ce tombeau monumental avait pour fonction de préserver l’immortalité du roi, un pari réussi puisque le nom de Khéops a traversé les siècles jusqu’à nos jours.

 

Le site de Gizeh

Les silhouettes des trois pyramides de Gizeh, datant de la IVe dynastie, se profilent à l’horizon dès qu’on dépasse la banlieue du Caire (laquelle a donné son nom au site), en allant au sud-ouest le long de l’avenue des Pyramides. L’histoire du site remonte fort loin, c’est-à-dire au moins au règne du roi Ninetjer de la IIe dynastie, dont le nom peut se lire sur des bouchons de jarres découverts dans un tombeau de la partie méridionale du gisement. Une tombe encore plus ancienne, puisqu’elle date du règne de Ouadji (roi de la Ire dynastie), était au sud de la zone habituellement décrite comme nécropole de Gizeh.

gizeh pyramides xixeL’aspect actuel du site est le résultat combiné de la configuration naturelle du sol et de l’activité de l’homme, en particulier de l’exploitation du calcaire local riche en fossiles qui servait de matériau de construction, ainsi que du nivellement dû à la décharge des déblais de construction. L’exploitation des carrières est plus particulièrement visible au sud-est des pyramides de Khéphren et de Menkahouher.

Le site comprend deux groupes bien définis, situés sur un plateau et séparés naturellement par la largeur d’un oued. La première unité, qui est la plus grande et la plus importante, comporte les pyramides et les mastabas privés qui les entourent. Les temples de la vallée appartenant aux pyramides, ainsi que le grand Sphinx avec les temples adjacents, sont situés en bas du plateau. Le groupe le moins important comprend seulement des tombeaux privés et est situé sur une croupe au sud-est.

L’étude systématique du site a commencé dans la première moitié du XIXe siècle. Parmi les tout premiers explorateurs, les plus éminents furent Caviglia, Belzoni, Vyse et Perring. Lepsius et l’expédition prussienne travaillèrent là au début des années 1840. Mariette et Petrie s’y intéressèrent à leur tour dans la seconde moitié du siècle dernier et au début du nôtre. Reisner, Junker et Selim Hassan apportèrent une contribution décisive à l’étude de Gizeh. Bien que cet endroit ait été plus systématiquement fouillé que tout autre site d’Egypte, son exploration ne peut toujours pas être considérée comme achevée.

La pyramide de Khéops et son ensemble

La pyramide de Khéops, nommée habituellement la Grande Pyramide, est l’un des plus célèbres monuments du monde (c’était l’une des « sept merveilles du monde » pour les Anciens). Ses dimensions gigantesques et la perfection de sa construction ont attiré les voyageurs qui se rendaient dans la région de Memphis, depuis des temps immémoriaux. La pyramide a dû perdre ses trésors d’origine, au cours de la période d’instabilité politique et de malaise social qui suivit l’effondrement du pouvoir central, après la fin de l’Ancien Empire, mais nous n’en avons pas la preuve formelle.

pyramide kheops 1On commença à réutiliser des blocs décorés de l’édifice, à Licht, dès le règne d’Amenemhat Ier. Les explorateurs modernes ont trouvé la Grande Pyramide vide, mis à part de massifs sarcophages de granit dans la chambre funéraire du troisième plan, ce qui prouve sa destination première. Au Moyen Age, le revêtement extérieur en pierre calcaire fut totalement enlevé, notamment pour construire des édifices à Gizeh et au Caire. Si l’on met à part les petites pyramides des épouses de Chéops, c’est aujourd’hui le seul élément de l’ensemble d’origine qui soit indiscutable et qui semble peu touché, malgré tous les pillages.

Le temple de la vallée est enseveli quelque part sous le village actuel de Naslet el-Semman ; on ne voit donc pas comment il pourrait être dégagé dans un avenir proche. La chaussée, indiquée sur de vieilles cartes, et encore visible au siècle dernier, a également disparu quand le village moderne s'est étendu. Seul un fragment de dallage en basalte, près de la face orientale dé la pyramide, indique la position du temple qui l’accompagnait. Chéops n’a peut-être pas réussi à mettre sa dépouille en sécurité pour l’éternité, mais il a au moins réalisé un monument pratiquement indestructible.

L’intérieur de la Grande Pyramide montre que le plan initial a subi au moins deux modifications en cours de construction. Quand on entre dans la pyramide par une ouverture forcée par les hommes du calife Al mamoun au IXe siècle apr. J.-C., ouverture qui est située au-dessous de l’entrée d’origine et un peu à l’ouest de celle-ci, on se trouve dans un couloir descendant. Celui-ci aboutit à la chambre funéraire du premier plan, qui est au-dessous du niveau du sol. Avant d’être achevée, cette pièce fut agrandie et modifiée en vue de la réalisation de la chambre funéraire du deuxième plan : se trouvant dans la masse même de la pyramide, elle peut être atteinte par un couloir ascendant et une galerie de niveau. Une autre modification des plans fit aussi abandonner cette salle, la galerie ascendante étant prolongée par le grand couloir qui aboutit à la chambre funéraire du troisième plan.

Cette grande galerie, à haut plafond en encorbellement, est la partie la plus remarquable de l’intérieur. Elle devait également servir à emmagasiner les blocs de granit destinés à être déversés dans le couloir ascendant pour le boucher définitivement. Il n’est guère difficile de deviner les différents changements de plans, si l’on réalise que les architectes devaient avoir achevé leur tâche à la mort du pharaon : or, qui aurait pu en prévoir la date?

La construction de la pyramide de Khéops : un mystère ?

Même aujourd’hui, la construction de la Grande Pyramide poserait des problèmes considérables de direction et d’exécution des travaux. Le projet doit avoir été plus ou moins achevé à la fin de la vingt-troisième année du règne de Khéops (vers 2560 av. J.-C). Sa réalisation nécessita chaque année 100 000 gros blocs (c’est-à-dire environ 285 par jour) pesant en moyenne chacun deux tonnes et demie, qu’il fallait extraire, dégrossir, transporter jusqu’au chantier et mettre en place. Au fur et à mesure que la construction avançait, la hauteur à laquelle il fallait monter les blocs augmentait, tandis que la plate-forme disponible pour travailler décroissait rapidement. Lorsque le monument eut atteint une certaine hauteur, le transport des matériaux fut certainement effectué uniquement à bras, car le manque de place devait empêcher l’utilisation des bêtes de somme.

Or, des appareils aussi simples que la poulie et le chariot à roues n’avaient pas encore été inventés, et il fallait bien déplacer et hisser d’énormes blocs de pierre. On a donc vraisemblablement construit, à grand renfort de main-d’œuvre, des rampes permettant de tramer les blocs et d’amener sur le lieu de travail tout ce qui était nécessaire. Mais comme on n’a pas de certitudes sur les méthodes utilisées, on en est réduit aux conjectures pour le travail effectué par les ouvriers. L’ampleur de la tâche, le soin avec lequel l’édifice fut conçu et construit, et le fait qu’on n’ait jamais trouvé de sépulture dans la Grande Pyramide posent des problèmes qui n’ont pas encore été résolus ; il serait absurde, en effet, que tout ce travail ait été réalisé pour un seul homme, et de plus pour rien. Bien des hypothèses ont été émises au sujet de la finalité véritable de la Grande Pyramide.

barque solaire kheopsUne remarquable découverte a été faite au début des années 1950 : une fosse rectangulaire située près de la face méridionale de la pyramide de Khéops, contenant les restes démantelés d’une grande barque. Ces vestiges, du fait du confinement de l’air, étaient très bien conservés, et l’embarcation, longue de plus de 40 m et déplaçant environ 10 tonneaux, a été réassemblée). On connaît l’emplacement d’une autre fosse, qui contient certainement un autre bateau, mais elle n’a pas encore été ouverte. Les embarcations servaient peut-être à amener par le Nil le corps du pharaon décédé, depuis son palais quelque part sur la rive orientale jusqu’au lieu de purification et d’embaumement, et enfin au temple de la vallée.

Interprétations ésotériques des pyramides

La première « théorie mystique » fut formulée en 1859 par un certain J. Taylor qui affirma que seul un peuple inspiré par Dieu, et non les Égyptiens idolâtres, avait pu construire les pyramides. S’appuyant sur une mauvaise interprétation de textes d’historiens antiques, il parvint à la conclusion que le peuple élu avait envahi l’Égypte et bâti ces édifices sous la direction de Sem, un des fils de Noé, ou peut-être du mystérieux roi-prêtre Melchisédech. Cette théorie fut reprise et développée par l’astronome Piazzi Smith (surnommé « Pyramidiot ») qui fixa de façon arbitraire une unité de mesure de base, le « pouce pyramidal », qui permettait de retrouver dans les dimensions des chambres et des passages intérieurs de la Grande Pyramide les dates de tous les événements et prophéties mentionnés dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

D’autres partisans des théories mystiques attribuèrent ces réalisations à un clergé d’initiés, détenteur d’une science mystérieuse dont on trouverait la trace dans les textes religieux connus sous le titre de Livre des morts. Celui-ci ne serait donc pas un recueil de formules destinées à assurer une existence heureuse dans l’au-delà, mais un récit symbolique des épreuves que l’initié doit affronter pour atteindre l’immortalité. Il y eut aussi des théories « scientifiques », surtout inspirées par la découverte de deux surprenantes caractéristiques des pyramides : leur orientation quasiment parfaite et l’harmonie de leurs proportions.

kheops chef guerreProclus, un philosophe grec du Ve siècle après J.-C., avait déjà affirmé que ces édifices avaient été bâtis pour servir d’observatoires astronomiques. On finit par voir dans la Grande Pyramide un cadran solaire indiquant les différentes saisons au moyen des ombres qu’elle projetait, et par supposer que la première partie de la construction, grande galerie incluse, avait été utilisée à des fins astronomiques avant d’être transformée en une tombe de forme pyramidale.

En Allemagne et en Europe occidentale, des théories « mathématiques » sont également apparues. Partant de l’interprétation discutable des Histoires d’Hérodote faite par un certain abbé Moreux, on en vint à soutenir que les Égyptiens connaissaient le nombre d’or, qui permet en architecture d’obtenir les proportions les plus harmonieuses.

Pour aller plus loin

La Grande Pyramide de Khéops: Nouvelles découvertes. Editions du Rocher, 2006.

Le Secret des bâtisseurs des grandes pyramides : Khéops , de Georges Goyon. Pygmalion, 1997.