Armistice du 11 novembre 1918 : de la paix au souvenir

Histoire Universelle | La première guerre mondiale

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L'armistice du 11 novembre 1918 a mis fin à la Première Guerre mondiale. Signé à Rethondes dans un wagon du général Foch, il sonne l’arrêt des combats entre les alliés et l’Allemagne qui durent depuis quatre ans. En dépit du souvenir des morts, le cessez-le-feu est accueilli en France par un déferlement de joie. Il met fin à la bataille sur le front ouest, de la Suisse aux Pays-Bas. Les principales clauses de l’accord prévoient la livraison de matériel militaire, l’évacuation de l’Alsace-Lorraine et de la rive gauche du Rhin ; elles préparent à la conférence de la paix de Paris (janvier 1919) et à la signature du traité de Versailles le 28 juin 1919. Le 11 novembre deviendra officiellement jour de commémoration nationale en 1922 pour célébrer la mémoire des anciens combattants.

 

Avant l'armistice du 11 novembre 1918, quatre années de guerre

L'armistice du 11 novembre 1918 met fin à une guerre mondiale de longue haleine débutée quatre ans plus tôt. L’événement déclencheur est l’attentat de Sarajevo du 28 juin 1914. Un étudiant serbe Gravilo Princip, assassine l’héritier de l’empire Austro-Hongrois, l’archiduc François Ferdinand ainsi que sa femme. Fâcheuse conséquence : l’Autriche déclare ensuite la guerre à la Serbie, accusée d’avoir organisé cet attentat. Prétextant une attaque aérienne française, l’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août et envahit le lendemain la Belgique. C’est le 11 octobre que la France déclare la guerre à l’Autriche Hongrie.

Le système des alliances se structure de la manière suivante : il existe d’un côté la Triple-Entente créée en 1907 comprenant la France, le Royaume-Uni et la Russie et de l’autre la Triple-Alliance, créée en 1882 intégrant l’Autriche Hongrie, l’Allemagne et l’Italie qui changera de camp en 1915.

Pour rappel, la Guerre de 14 18 se décompose en trois phases : 

- La guerre de mouvement (1914) où se tient la victorieuse Bataille de la Marne le 6-11 septembre.

- La guerre des tranchées ou de position (1915-1917 ) : les soldats s'installent dans les tranchées et recourent massivement à l'artillerie. La Bataille de Verdun a causé la mort de 500 000  hommes.

- L’aide américaine puis la reprise de la guerre de mouvement en 1918 : les Etats-Unis interviennent en avril 1917. 

Mars 1918 : le cours de la guerre s’emballe

Alors que le front à l’ouest était resté relativement figé pendant quatre ans, la guerre à l’est marque un tournant en mars 1918 quand la Russie bolchevik signe la paix avec les empires centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie, ottomans) à Brest-Litvosk, au prix de colossales pertes territoriales.

Dès lors les généraux allemands reprennent l’offensive à l’ouest en relaçant la guerre de mouvement. Une percée dans la région de Saint-Quentin fin mars début avril 1918 enfonce l’armée anglaise. Les généraux allemands espèrent ainsi prendre un avantage décisif avant que l’engagement des américains, entrés en guerre l’année précédente, ne soit effectif sur le front. L’avance allemande est néanmoins stoppée par les franco-britanniques à Amiens.

Les armées alliés, placées sous le commandement en chef du général Foch repoussent une offensive allemande en Flandres en avril et dans l’Aisne en juin. Une ultime offensive – dite de la paix- est repoussée en juillet 1918 en Champagne. C’est alors au tour des alliés de prendre l’initiative dans la Marne et à Amiens avec l’appoint des américains et un engagement important des chars d’assaut. Le succès allié à un effet psychologique durable. Le sort des armes laisse enfin entrevoir une issue au conflit.

Vers la fin du cauchemar ?

A la mi-août 1918, les chefs militaires allemands semblent ne plus croire à une possibilité de victoire mais refusent d’endosser la responsabilité de l’ouverture de pourparlers de paix avec l’ennemi. Soumise à la pression de ses multiples nationalités et au bord de l’explosion, l’Autriche-Hongrie, lance un appel à la paix qui sera rejeté par les alliés. Dans les Balkans et en Orient, l’empire ottoman s’effondre.

Fin septembre 1918, les troupes alliées lancent une offensive générale qui contraint les allemands à se replier sur la Meuse. A la mi-octobre une tentative de négociation de paix avec les américains, plus conciliants (les fameux quatorze points de Wilson) échoue sur le préalable de l’abdication du kaiser allemand Guillaume II. De lors coté, les français font connaître les conditions militaires qu’ils souhaitent voir imposer à l’Allemagne dans les conditions d’un armistice, pour rendre impossible une reprise des combats en cas d’échec des négociations de paix.

Alors que l’état-major allemand fait traîner les pourparlers d’armistice, l’armée austro-hongroise en pleine débandade dépose les armes le 3 novembre après une victoire italienne en Vénétie. En Allemagne, désormais isolée, la mutinerie de la marine et une situation insurrectionnelle dans de nombreuses villes contraignent le gouvernement allemand à engager les négociations en vue d’un armistice.

L'armistice du 11 novembre 1918

Le 8 novembre le généralissime Foch présente au secrétaire d’État Erzberger, président de la délégation allemande les conditions d’armistice. L’armée allemande doit se retirer derrière la rive gauche du Rhin, livrer ses armes lourdes, sa flotte de guerre et ses trains, et libérer les prisonniers alliés. L’abdication et la fuite de Guillaume II précipite les négociations.

Sur la base des 14 points du président Wilson, dont l’objectif est de pérenniser la paix, les plénipotentiaires allemands signent à l’aurore l’armistice avec les alliés, dans le wagon du maréchal Foch stationné dans une clairière à Rethondes dans la forêt de Compiègne. Le cessez-le-feu doit entrer en vigueur à 11 heures et Foch a obtenu le maintien de la plupart des clauses exigées par les français : récupération de l’Alsace-Lorraine, démobilisation de l’armée et de la marine allemande, et occupation de la Rhénanie.

La nouvelle de cette fin des hostilités est accueillie avec un immense soulagement, surtout un France ou les pertes humaines et les dégâts matériels ont été considérables, le quart Est du pays étant réduit en ruines.Partout en Europe on dénombre près de 10 millions de morts – dont 1,5 million pour la France – sans compter les nombreux blessés et disparus.

Dans de nombreuses régions du monde, notamment en Europe de l’Est et dans les Balkans, les hostilités se poursuivront de nombreuses années après l’armistice du 11 novembre et le traité de paix de Versailles qui suivit en juin 1919. “Il sera plus difficile de gagner la paix que de gagner la guerre”, dira un Georges Clemenceau lucide malgré la victoire...

11 novembre, le jour du souvenir

Le 11 novembre 1920 célèbre le premier hommage au soldat inconnu à l’arc de Triomphe. L’article premier de la loi du  2 novembre stipule que « Les honneurs du Panthéon seront rendus aux restes d'un des soldats non identifiés morts au champ d'honneur au cours de la guerre 1914-1918. La translation des restes de ce soldat sera faite solennellement le 11 novembre 1920 ». 

A cet effet,  le 10 novembre, Auguste Thin, jeune homme de 21 ans et soldat de deuxième classe au 132ème régiment d'infanterie a été désigné pour choisir l'un des huit cercueils anonymes contenant les restes de soldats tués pendant la guerre. En additionnant les chiffres de son régiment (1+2+3), son choix s'orienta sur le sixième cercueil. Les sept autres furent inhumés au cimetière du Faubourg Pavé à Verdun. La mise au tombeau du soldat inconnu sous la voûte de l'Arc de Triomphe a lieu le 28 janvier 1921. On peut lire sur la dalle l'inscription suivante "Ici repose un soldat français mort pour la patrie 1914-1918".  

C’est en 1922 que le 11 novembre devient le jour de la commémoration nationale. L'année suivante, la flamme du souvenir sera allumée par André Maginot, Ministre de la Guerre et des Pensions. Dans toutes les communes de France s'érigera un monument aux morts accompagné d'une cérémonie organisée par la ville, en hommage à tous les morts pour la France. Chaque année, la flamme du souvenir est ravivée par le président de la République. A noter que le 11 novembre est également un jour férié pour la Belgique et le Canada.

Pour aller plus loin

11 novembre 1918, de Marc Ferro. Perrin, octobre 2008.

- La fin du cauchemar : 11 novembre 1918, de Rémy cazals. Editions Privat, septembre 2018.

- L'armistice de Rethondes: (11 novembre 1918) , de Pierre Renouvin. NRF, 2006.

 

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