quatorze points wilson 1Les quatorze points de Wilson sont des propositions faites par le président des États-Unis Thomas Woodrow Wilson dans la perspective de la victoire des Alliés lors de la Première Guerre mondiale. L’objectif de ces propositions était de définir les buts de guerre des Alliés et d’établir les fondements d’une paix juste et durable. Formulés par le président américain dans un discours adressé au Congrès des États-Unis, le 8 janvier 1918, les principes contenus dans les « quatorze points » furent largement repris dans la charte constitutive de la Société des Nations.

 

Wilson, un président progressiste 

Gouverneur démocrate du New Jersey en 1911, candidat aux présidentielles de novembre 1912, Thomas Woodrow Wilson triompha du républicain Théodore Roosevelt et fut réélu en 1916. Il resta ainsi président des États-Unis de 1913 à 1921. A l’intérieur, son administration, placée sous le slogan de « la Nouvelle Liberté », fut marquée par de nombreuses réformes démocratiques et par une extension des pouvoirs du gouvernement fédéral : établissement d’un impôt fédéral sur le revenu, élection directe des sénateurs au suffrage universel, organisation fédérale du crédit, renforcement de la législation antitrust, droit de vote des femmes.

president wilsonL’essentiel de sa politique étrangère fut occupé par la Première Guerre Mondiale et ses prolongements. Longtemps partisan de la neutralité, il décida néanmoins l’entrée en guerre des États-Unis aux côtés des Alliés après que l’Allemagne eut décrété la guerre sous-marine totale, très dommageable pour le commerce nord-américain. L’esprit de croisade pour la liberté qu’il voulut donner à la guerre se retrouva dans les Quatorze Points de son discours du 8 janvier 1918, qui soulignait en particulier le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Les quatorze points de Wilson

Dans la perspective du dénouement de la Première Guerre Mondiale, le président des États-Unis prononce début 1918 un discours lors d’une session du Congrès américain. En quatorze points, il résume les différentes mesures à mettre en place pour revenir à la paix et la préserver. L’inspiration idéaliste des propos de Wilson est largement acclamée et donne au président une position de chef moral parmi les responsables alliés.

wilson congresCes «quatorze points» étaient les suivants : 1 ) renonciation à la diplomatie secrète; 2) liberté des mers; 3) abolition des barrières économiques; 4) réduction des armements; 5) réajustement équitable des possessions coloniales; 6) évacuation du territoire russe par les Allemands; 7) évacuation de la Belgique par les Allemands; 8) évacuation de la France occupée par les Allemands et restitution de l'Alsace-Lorraine; 9) rectification des frontières italiennes conformément aux limites clairement reconnaissables des nationalités»; 10) développement autonome des peuples de l'Autriche-Hongrie; 11) évacuation de la Roumanie, de la Serbie, du Monténégro et accès de la Serbie à la mer; 12) développement autonome des peuples non turcs de l’Empire ottoman et libre passage dans les Détroits; 13) création d’une Pologne indépendante avec libre accès à la mer; 14) création d’une Société des Nations.

Ces quatorze points furent complétés, au cours de l’année 1918, par d’autres déclarations du président Wilson, en particulier la déclaration du 4 juillet 1918 sur les «quatre buts de guerre» des Alliés. Wilson précisait notamment qu’aucune question de territoire ou de souveraineté ne pourrait être réglée sans le libre consentement des populations concernées. C’est sur cette base que le gouvernement allemand de Max de Bade demanda la paix, dans un message au président américain (nuit du 3 au 4 oct. 1918).

Conséquences et destinée des 14 points

Cependant les quatorze points n’avaient pas été acceptés sans réticence par les gouvernements alliés : ceux-ci étaient déjà liés par des engagements secrets conclus au cours de la guerre, sans tenir compte de l’avis des populations, en particulier par le fameux traité de Londres d’avril 1915 qui promettait à l’Italie d’importantes positions dans les Balkans (Albanie) et en Asie Mineure. Pendant la conférence de la paix, quand l'Italie demanda l’application du traité de Londres, Wilson s’y opposa résolument. D’autre part, l’Allemagne soutint que le principe de la libre détermination des peuples, posé par Wilson, avait été violé par les Alliés, qui rattachèrent sans consultation la Prusse occidentale et la Posnanie à la Pologne, et qui, malgré le désir manifesté alors par les Autrichiens, interdirent l’union de l’Allemagne et de l’Autriche.

wilson versaillesMême si certaines des propositions de Wilson rencontrent l’opposition des vainqueurs européens car elles contredisent les intérêts particuliers de ces derniers et les accords passés entre eux au cours de la guerre (notamment le premier point), les quatorze points, qui énoncent les attentes des États-Unis après leur engagement dans la guerre, sont en grande partie repris par la suite. D'une part, lors de l’armistice signé entre les belligérants à Rethondes (forêt de Compiègne) le 11 novembre 1918 et d'autre part, à la Conférence de la paix qui s’ouvre à Paris en janvier 1919, où le quatorzième point du programme de Wilson se concrétise dans la création de la Société des Nations (SDN). 

Thomas Woodrow recevra le prix Nobel de la paix en 1919, mais le Sénat américain refusera de ratifier le traité de Versailles et d'adhérer à la SDN, retournant à son isolationnisme traditionnel.

Pour aller plus loin

La damnation de Woodrow Wilson, d'André Bayens. Xenia, 2014.

Woodrow Wilson et la paix mondiale, de George Davis. Nabu press, 2010.

Le traité de Versailles, de Jean-Jacques Becker. Que sais-je, 2019.