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caravane route de la soie 1La route de la Soie est une ancienne route commerciale reliant la Chine aux rives de la Méditerranée. Ouverte vers 139 av. J.-C. par les Chinois, la Route de la soie désigne alors les voies par lesquelles les biens transitent d’Extrême-Orient en Syrie. Le produit principal, la soie, laisse son nom à ces chemins encore empruntés au Moyen ge. Les marchands s’y déplacent en caravanes et créent la première culture commerciale internationale. Les Romains qui découvrent ainsi le tissu précieux au Ier siècle av. J.-C ignorent tout de son origine. Marco Polo empruntera la route de la Soie pour effectuer son voyage aux confins de l’Asie.

L’ouverture de la route de la Soie

La route de la soie désigne l’ensemble des routes caravanières qui ont relié la Chine à l’Occident (l’Inde, la Perse et Rome) pendant deux millénaires, mais également la voie maritime utilisée à partir du Ier siècle de notre ère pour rejoindre la Chine et qui contourne soit l’Arabie (par la mer Rouge et le golfe d’Aden), soit l’Iran et le Pakistan (par le golfe Persique et le détroit d’Ormuz), et passe par l’océan Indien.

chinoises soieLa route de la Soie tire son nom du commerce de la soie (du latin classique serica « étoffes, vêtements de soie originaires de Chine »). De toutes les marchandises convoyées à l’époque romaine, la soie est alors la plus précieuse, la plus onéreuse et la plus mystérieuse, objet d’un engouement démesuré dans les quartiers élégants de Rome. À cette époque, le secret de la sériciculture (culture des vers à soie) — qui remonte au néolithique — n’a pu encore être percé, comme en témoignent les Géorgiques (36-29 av. J.-C.) de Virgile, qui célèbrent « les laines que le Sère cueille délicatement aux feuilles des arbres à soie » ; cet art n’est en effet divulgué qu’au vie siècle.

La route de la Soie est empruntée pour la première fois au Ier siècle av. J.-C., après que l’empereur chinois Wudi, las des harcèlements aux frontières des nomades Xiongnu (une peuplade du Nord), est parvenu à assurer sa suzeraineté et à affermir les marches occidentales de l’Empire. Une fois les Xiongnu défaits, la dynastie Han se lance dans la pacification de la région et la construction de pistes, ainsi que dans l’établissement de lignes de défense et de garnisons. Grâce à ce contrôle partiel des routes commerciales, les échanges entre l’Extrême-Orient et le bassin de la Méditerranée sont favorisés — même s’ils restent périlleux, compte tenu des rudes conditions climatiques, des difficultés du terrain, des tributs à payer, des paiements inopinés d’octrois et des inévitables embuscades de pillards.

Un commerce limité aux marchandises précieuses

La route terrestre de la Soie s’étend sur quelque 14 000 km aller-retour. Afin de ne pas avoir à effectuer la totalité du parcours, les caravanes monnayent ou troquent généralement leurs marchandises de campements en caravansérails tout au long du chemin, dans les comptoirs ou dans les oasis où sont déployées les étoffes sous les palmes, ou dans la pénombre des bivouacs des chameliers : à Purusapura (l’actuelle Peshawar, au nord-ouest du Pakistan), capitale du Gandhara ; à Taxila, capitale du Gandhara oriental, ou, plus au nord, dans la région du Pamir, à Tach-kurgan, en un lieu dit « la Tour de Pierre » (mentionné par Martin de Tyr, d’après le récit de Maès Titianos, à travers la Géographie de Ptolémée), dans la haute vallée de l’Amu-Daria.

sur la route de la soieLa distance à parcourir est telle que ne sont convoyées que des marchandises de grande valeur : vers l’Occident, la soie de Chine, mais aussi des laques, des peaux, des carapaces de tortues, des ivoires et des épices (cannelle, muscade, gingembre), du musc et des racines séchées de rhubarbe (rhubarbus palmatum, denrée rare aux vertus médicinales, également utilisée comme teinture et pour le tannage du cuir) ; vers l’Orient, des textiles (lin, laine), de la verrerie, de l’ambre, des lapis-lazuli du Badakchan, les épées damascènes en acier, du vin, des pièces d’or et d’argent, ou les grands « coursiers célestes » du Fergana (chevaux sauvages de Transoxiane).

Les croisades et Marco Polo

Les croisades vont relancer le commerce international entre l’Occident et l’Orient et faire de Gênes et de Venise de grandes puissances économiques. Les commerçants italiens transportent les marchandises vers la Terre sainte et créent des comptoirs commerciaux sur les pourtours de la Méditerranée. Vu leur succès, les Vénitiens cherchent à s’ouvrir davantage de marchés. C’est ainsi que la famille Polo part vers l’est.

freres polo khanLe premier homme occidental qui parcourt la Route de la soie est un marchand vénitien. En 1260, Marco Polo voyage avec son père et son oncle sur un bateau rempli de marchandises afin de les vendre dans le comptoir de Soldaïa, sur les rives de la mer Noire. Probablement déçus de leurs transactions, ils poursuivent à cheval vers l’est. À Boukhara, ils rencontrent des messagers de Kubilaï Khan, le célèbre chef mongol responsable de la chute des Song. Après un retour à Venise de 1269 à 1271, ils chevauchent à nouveau vers l’Orient. En trois ans, ils arrivent en Chine par le biais de la Mongolie et sont accueillis par Kubilaï à Cambaluc (actuelle Pékin) vers 1275. Le souverain mongol propose à Marco, alors âgé d’une vingtaine d’années, d’entrer à son service. De cette façon, Marco découvre l’Inde, la Perse et les contrées qui forment l’actuel Viêt Nam. De retour à Venise, vers 1295, il est emprisonné à Gênes et rencontre Rusticello de Pise. Son compagnon tire un manuscrit de la narration de ses découvertes, Le Livre des merveilles du monde, qui rencontre un accueil mitigé auprès de ses contemporains.

Le déclin de la route de la Soie

Le déclin de la route de la Soie débute au milieu du XIVe siècle, alors que s’effondre l’Empire mongol (la dynastie Yuan chinoise) et que progresse l’islam en Asie centrale, déclin qui s’accentue sous la dynastie Ming, la Chine entrant dès lors dans une longue période d’autarcie, conséquence de la fermeture des frontières. Les routes maritimes et les zones côtières restent cependant très fréquentées.

tombeaux route de la soieAu delà des contacts commerciaux qu’elle a établis entre l’Orient et l’Occident, la route de la Soie a facilité les échanges culturels et religieux. Les voyageurs, marchands et pèlerins ont ainsi contribué à la diffusion en Chine du bouddhisme et de l’art qui lui est associé. En attestent les premières représentations figurées du Bouddha et des bodhisattva de l’école du Gandhara, le trésor de Begram (découvert en 1937 en Afghanistan), les Guanyin en bronze inspirées des Avalokiteshvara de l’art tibétain, les sanctuaires rupestres du bassin du Tarim ou encore la diffusion de textes sacrés après l’invention de la xylographie (gravure sur bois) au viiie siècle (le Sutra du diamant découvert à Dunhuang en 1907). C’est aussi par cette même route que transitent, au VIe siècle, les disciples de Mani (manichéens) et, au VIIe siècle, les missionnaires nestoriens venus prêcher en Chine la parole de Nestorius, comme l’atteste une stèle de 781.

De nos jours, la Chine cherche désormais à ouvrir de nouvelles routes de la Soie pour faciliter le commerce avec l’Europe et conforter son hégémonie commerciale et politique.

Pour aller plus loin

La route de la soie : Ou les empires du mirage. Payot, 2017

Les routes de la soie : L'histoire au coeur du monde, de Peter Frankopan. Champs Histoire, 2019.