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Henri de turenne portraitSans ses précieux maréchaux, le règne de Louis XIV n’aurait probablement pas eu autant d’éclat. Du Grand Condé à Vauban en passant par le plus talentueux d’entre eux, le vicomte de Turenne, ces chefs de guerre ont largement contribué aux succès militaires de la France du « Grand Siècle ».

Premières armes

Né à Sedan en 1611 d'Henri Ier de La Tour d’Auvergne, duc de Bouillon et d’Élisabeth de Nassau, d’origine hollandaise, Henri de Turenne est élevé sous l’influence de la religion réformée de sa mère. Il les fait ses première armes dès sa quinzième année sous la conduite de ses oncles Maurice et Henri de Nassau, deux princes d’Orange qui animent la rébellion hollandaise contre l’Espagne.

C’est en 1630 que Louis XIII l’appelle à son service. L’ingérence de la France de Richelieu dans la Guerre de Trente Ans va rapidement lui permettre de se distinguer dans les pays rhénans sous le commandement du cardinal de La Valette. Nommé Maréchal de camp en 1635, il est blessé devant Saverne et contribue en 1638 à la victoire de Brisach, remportée par Bernard de Saxe-Weimar sur les Impériaux. En 1640, on le retrouve en Piémont ou il s’empare de Turin et de Moncalvo.

Ces succès lui valent le titre de lieutenant général en 1642. Après la prise de Trino en 1643, Turenne reçoit le bâton de maréchal, à l’âge le 32 ans. En 1644, investi du commandement de l’armée d’Allema­gne, il défait les Bavarois à Donaueschingen, puis à Fribourg. Mais il se laisse surpren­dre et battre à Marienthal par Mercy l’année suivante. Il prend sa revanche peu après avec le duc d’Enghien à Nordlingen. En 1647, l’intervention des Suédois lui permet d’envahir à nouveau la Bavière et de contraindre l’électeur à un armistice. Les engagements n’ayant pas été respectés du côté bavarois, les Français reprennent les hostilités. La victoire de Turenne sur les Impériaux à Sommershausen leur ouvre la route de Munich.

Entre fronde et loyauté à la monarchie

portrait equestre henri de turenneLorsque éclate la Fronde, Turenne se montre d’abord hésitant quant à la conduite à tenir à l’endroit de la Cour. Son frère Bouillon parvient à le dresser contre Mazarin, mais ses troupes, débauchées par le cardinal, ne le suivent pas. Il doit se retirer précipitamment en Hollande en mars 1649. Revenu à Paris après la paix de Rueil qui l’amnistie nommément, il soutient la querelle des princes en apprenant leur arrestation. Condé libéré, il le suit à Stenay où il est bien­tôt rejoint par Madame de Longueville, qui lui fait tourner la tête. L’influence de cette frondeuse le conduit à traiter avec les Espagnols et les Impériaux. Mais les armées royales lui infligent une défaite sévère à Rethel, le 15 décembre 1650.

A l’issue de ce revers son choix est fait. Le pardon du roi obtenu, son épée défendra désormais la monarchie. En 1652, il redresse la situation gravement compromise des troupes royales grâce à une série de succès. En mars, il sauve le roi à Jargeau, puis ayant défait les frondeurs à Etampes, il ramène le roi à Paris.

Nommé gouverneur du Limousin et ministre d’État, Turenne met Condé -passé aux service des espagnols- en échec en Picardie et remporte la célèbre bataille des Dunes (juin 1658) qui contraint Dunkerque à la reddition et permet la conquête d’une partie de la Flandre, contribuant à la conclusion de la paix formalisée par le traité des Pyrénées.

Un remarquable stratège

turenne BatailleDunesCes actions d’éclat sont récompensées en 1660 par l’octroi du titre exceptionnel de « maréchal général des camps et armées du roi ». Il réorganise les armées et prépare la guerre de Dévolution (1667-1668) au cours de laquelle il s’empare personnellement de Charleroi et de Tournai. La guerre de Hollande qui suit met son talent à rude épreuve. Défait par les impériaux de Montecucculi en 1673, il prend sa revanche l’année suivante à Sinzheim dans le Palatinat, dont il ordonne le funeste et peu glorieux sac.

L'année suivante, il conduit une suite de manœuvres audacieuses, bousculant les Impériaux près de Mulhouse en décembre 1674 et les battant complètement à Turckheim en janvier 1675. Quelques semaines après, l’Alsace est entièrement aux mains des Français. Sa gloire est alors à son sommet. Paris lui fait un accueil triomphal. L’été suivant, il retrouve son vieil ennemi Montecucculi en difficulté entre Bade et Rhin, près de Salzbach, et se pré­pare à lui livrer bataille quand un boulet de canon l'atteint le 27 juillet 1675. La France entière pleure l’audacieux chef de guerre. Les plus grands honneurs seront rendus à Turenne et sa dépouille, privilège exceptionnel, est ensevelie à Saint-Denis. Elle sera transférée en 1800 aux Invalides.

Pour sa fin de règne, Louis XIV n’aura guère plus que l’excellent Claude de Villars et le génial Vauban pour conduire ses armées à la victoire. Ses successeurs Louis XV et Louis XVI ne seront guère mieux lotis, hormis quelques étrangers comme Maurice de Saxe, et il faudra attendre la Révolution et l’Empire pour que la France dispose à nouveau de chefs militaires de la trempe de Turenne.

Bibliographie

- Turenne, biographie de Jean Bérenger. Fayard, 1987.