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elisabethii portrait nbElisabeth II (Elizabeth II en anglais), reine de Grande-Bretagne et d’Irlande du nord depuis 1952, est aussi le chef d’Etat en titre de quinze autres pays issus de l’ancien Empire britannique, comme le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Au cours de son long règne, elle a vu défiler au palais de Buckingham quinze premiers ministres, dont Winston Churchill, Margaret Thatcher et Tony Blair. Contrainte par la tradition à une stricte neutralité politique, elle a essentiellement un rôle de représentation et parcourt le monde lors de voyages officiels. Héritière d’une longue tradition, elle a dû s’adapter (de plus ou moins de bon gré) aux contingences de la modernité pour maintenir l’adhésion de son peuple à la monarchie britannique.

 

Une princesse pas destinée à régner

Elisabeth Alexandra Mary, arrière-arrière petite fille de la reine Victoria, est née à Londres le 21 avril 1926. Elle est la fille aînée du duc et de la duchesse d’York, de la maison des Windsor. La princesse Elisabeth n’a commencé son apprentissage de reine qu’à l’âge de dix ans, lorsque son père est monté sur le trône après l’abdication de son frère aîné Édouard VIII, le duc de Windsor, en 1936. Durant la seconde Guerre mondiale, elle fait ses premières apparitions publiques et rejoint le corps féminin de l’armée du Royaume-Uni. En 1940, elle réalise sa première allocution radiophonique pour s’adresser aux enfants qui ont été évacués à la campagne. Prudente et réservée, voir distante, amatrice d'équitation, elle a épousé en 1947 le prince Philippe de Grèce, devenu duc d’Edimbourg. Quatre enfants naissent : Charles, prince de Galles (en 1948), Anne ( 1950), Andrew ( 1960) et Edouard ( 1964).

elisabethii prince philippLe 6 février 1952, à la mort du roi George VI, sa fille aînée Elizabeth lui succède : première femme à monter sur le trône d’Angleterre depuis Victoria (qui régna de 1837 à 1901 ), elle est consacrée par le magazine Time comme l’«homme de l’année» 1952. Le jour où elle est proclamée chef du Commonwealth, ensemble de pays liés à la Couronne auquel appartient le quart de la population mondiale, elle déclare : « Que Dieu m’aide à remplir dignement cette lourde tâche qui m’échoit si tôt dans la vie ! ». Elle a vingt-six ans. Le couronnement solennel a lieu l’année suivante, le 2 juin 1953. Au-delà de la cérémonie, c’est sa retransmission en direct à la Télévision qui est un événement.

Elisabeth II couronnée : un évènement télévisuel

Le sacre de la reine Elizabeth II est la première occasion pour la Télévision de proposer un grand spectacle aux téléspectateurs du monde entier. Ils sont encore peu nombreux, mais, dès le début de 1953, les achats de postes montent en flèche. En France, moins de 4000 récepteurs sont en service en 1950. Trois ans plus tard, 60 000 postes s’allument pour suivre la cérémonie. Dans les quartiers, dans les villages, les voisins se pressent chez les heureux possesseurs de petite lucarne. Des cafetiers aménagent leur salle et louent des places, comme au cinéma. Ailleurs, des projections publiques ont lieu sur grand écran.

À Paris, le reportage est projeté devant des assistances choisies, dans des salles de cinéma spécialement équipées. Malgré les protestations des télévisions étrangères, c’est la chaîne britannique BBC qui a l’exclusivité des opérations. Grâce à la présence du Québec francophone dans le Commonwealth, les Français bénéficient d’un reportage en direct dans leur langue, assuré par Jacques Sallebert, le correspondant à Londres de la RTF (Radiodiffusion Télévision française).

Dans Londres en proie à la fièvre du Coronation Day, la foule est massée sur le parcours des carrosses se rendant à l’abbaye de Westminster. Sur la tête d’Elizabeth, quarante-deuxième monarque depuis Guillaume le Conquérant au XIe siècle, reine de Grande-Bretagne, d’Écosse et d’Irlande du Nord, chef de l’Église anglicane et du Commonwealth, l’archevêque de Canterbury pose la lourde couronne de saint Édouard, ornée de mille pierres précieuses. La fête est grandiose, les commentateurs lyriques.

Une souveraine populaire

Alors qu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale la monarchie est honnie des classes laborieuses, Elizabeth II réussit le prodige de la rendre populaire dans un pays où le souverain a un rôle symbolique d’autant plus important qu’il est privé de tout pouvoir réel. « Nous vous aimons, Madame. Vous faites du bon boulot. Nous sommes fiers de la famille royale», titrera le quotidien de tendance travailliste The Daily Mirror, en guise de cadeau pour son soixantième anniversaire.

elisabethii voyage officielUn mystère demeure : comment Elisabeth II, l’une des personnes les plus riches du monde, est-elle parvenue à donner corps à une image de bourgeoise paisible et buveuse de thé, aux chapeaux et aux sacs à main légendaires ? Est-ce la force, sous une apparence terne, d’un caractère peu spontané joint à un grand sens de la dignité de sa fonction ? C’est ainsi qu’elle n’a jamais voulu recevoir la duchesse de Windsor, coupable à ses yeux d’être une intrigante amorale, ou qu’elle a brisé la romance entre sa sœur Margaret et le capitaine Peter Townsend .

Toujours est-il que la bonne grâce avec laquelle elle tient consciencieusement son rôle est unanimement appréciée. Sa personnalité dépourvue de tout trait saillant permet au public de s’identifier à elle, de compatir aux soucis que lui donnent les gaffes de son mari et les frasques de tant de membres de sa famille, enfin d’applaudir au mariage de ses enfants. Et le succès continue, car, dans le spectacle permanent qu’offre au monde la saga des Windsor, la distribution des seconds rôles ne cesse de se renouveler grâce à l'arrivée, par mariage ou par naissance, de nouveaux acteurs. La vie privée de la famille royale est, de loin, le sujet favori de la presse populaire britannique. Elle assure aussi de confortables rentes à de nombreux journaux d’autres pays, dont la France.

Une monarchie contestée

Dans les années 90, une succession d'événements font monter la contestation de la monarchie. En 1992, la reine est confrontée au divorce de deux de ses enfants, Anne et Andrew, puis à la séparation du prince Charles et de la populaire princesse Diana, sur fond de tempête médiatique que la monarchie anglaise a le plus grand mal à gérer. En 1992, un incendie ravage le château de Windsor. Les coûts importants de restauration ouvre un débat virulent sur le financement des travaux, de nombreuses voix s'élevant pour les faire supporter par la reine. Pour calmer les critiques, la liste civile de la monarchie est réduite et la reine devra désormais s'acquitter de l'impôt sur le revenu.

En 1997, Elisabeth II ne perçoit pas immédiatement l’immense émotion causée dans la population par la mort de Diana, son ancienne belle-fille. Alors que la reine séjourne dans sa résidence de Balmoral en Ecosse, tenant ses petits enfants les princes William et Harry à l’abri de la tempête médiatique, l’opinion britannique ne comprend pas son apparente indifférence. La souveraine doit regagner Londres et s’adresser à son peuple dans une allocution télévisée la veille des funérailles de Diana. Par la suite, les mariages du prince William avec Kate Middleton, puis celui du prince Harry avec Meghan Markle feront souffler un vent salvateur de fraîcheur et de modernité sur la couronne. Enfin, le prince Charles se remarie avec Camilla Shand, titrée pour l’occasion duchesse de Cornouailles.

Elisabeth II, reine jusqu'au bout

elisabethII voeux noelSi la monarchie britannique est régulièrement critiquée pour son manque de fibre « populaire », la désuétude de ses institutions et son train de vie, une majorité de britannique reste attachée au symbole d’unité et au rôle de représentation de la reine et de sa famille. Ce qui justifie aux yeux des contribuables les 30 millions de livres que leur coûte chaque année la liste civile royale. Son jubilé d’or en 2002, qui a célébré les 50 ans de son accession au trône, a été considéré comme un succès populaire.

Elisabeth II, qui considère le couronnement comme un sacrement dont seule la mort la déliera, a battu la longévité du règne Victoria (64 années) en 2017. Les fonctions publiques de la souveraine de 93 ans, hostile à l’idée d’une abdication, sont de plus en plus assumées par son fils le prince Charles.

Bibliographie

Elizabeth II, la reine, biographie de Jean des Cars. Perrin, 2018.

The Queen : Elisabeth II, un destin d'exception, de Guillaume Picon. Glénat, 2019.

Pour aller plus loin

- The Crown, série télévisée de Peter Morgan.

- The Queen, film de Stephen Frears, 2006.