Les Étrusques, une mystérieuse civilisation pré-romaine

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Les Étrusques étaient un peuple dont la civilisation s'est developpée durant l'antiquité en Étrurie dans la péninsule italienne. Les Romains les appelaient Etrusci ou Tusci, à l'origine du nom de l’actuelle région italienne de Toscane. À son apogée, entre le VIIIe et le Ve siècle av. J.-C., l’Étrurie dominait alors le Latium, la Campanie et la plaine du Pô, avant d'être entièrement soumise à Rome au IIIe siècle av. J.-C. Les Étrusques furent d'habiles artisans et artistes, comme le montrent les fresques des tombes, ou les décors de vase, les sculpteurs réalisèrent des œuvres en bronze ou terre cuite, et les tombes témoignent encore de la qualité des joailliers et des métallurgistes.

Origines et implantation du peuple Étrusque

L'origine des Étrusques est aujourd'hui encore assez floue. Les historiens de tous temps sont en désaccord sur ce peuple antique qui a habité le nord de l'Italie, dans l'actuelle Toscane. Certains comme Hérodote les disent venus d'Asie Mineure, une seconde thèse veut que les Étrusques soient un peuple indo-européen venu en Italie après avoir franchi les Alpes, alors que d'autres parlent d'un peuple autochtone issu de la civilisation villanovienne. Malgré un rapprochement entre les Étrusques et les civilisations d'Asie mineure par la langue, l'art ou la place de la femme dans la société, l'hypothèse de l'origine orientale, qui conserve aujourd'hui ses partisans, a beaucoup reculé.

Aujourd'hui, et grâce notamment aux fouilles menées en actuelle Toscane depuis le XVIIIe siècle, on peut attester de la présence de cette civilisation à l'âge de fer, dès la fin du Xe siècle avant J.-C., et il est vraisemblable que l'émergence de cette puissance soit en réalité due à de nombreuses mutations et influences extérieures.

Les Étrusques vont d'abord fonder Tarquinie, une cité proche la mer Thyrrénienne, puis se développer sur la zone côtière et l'intérieur des terres. Au VIIe siècle avant J.-C., à leur apogée, le territoire Etrusque s'étend des monts Apennins au nord et à l'est, à la mer tyrrhénienne à l'Ouest et au Tibre au Sud. Possédant une puissante flotte et d'excellents marins, ils concurrencent rapidement les grecs et les carthaginois dans la conquête de la méditerranée occidentale.

Ils vont même faire alliance avec les Carthaginois pour contrer la menace des grecs et ainsi prendre Alalia en 540 avant J.-C. et s'étendre jusqu'en Campanie, tandis que les Carthaginois s'approprieront la Sicile et l'Espagne. Les Étrusques vont même s'installer en Gaule, alors occupée par les Celtes, à Lattara (Lattes, près de Montpelier). Il a été en effet découvert en 2002 un buste de guerrier étrusque de taille humaine, un sanctuaire et des sépultures archaïques.

Organisation politique et religieuse des Étrusques

Les Étrusques forment des cités-états, parfois regroupées par 12 (dodécapoles), unies par des liens religieux, mais non politiques. Elles sont individualistes, aucune ne domine. Cette autonomie des cités étrusques sera notamment la cause de leur déclin face à Rome : incapables de s'unir au moment critique, elles passeront les unes après les autres sous la domination romaine. La mythologie romaine a par ailleurs permis de connaître les noms de quelques rois étrusques qui ont gouverné Rome. Et bien que Rome devienne une république vers la fin du VIe siècle, les élites étrusques continuent de gouverner, jusqu'au renversement total de cette civilisation.

Jusqu'au Ve siècle avant J.-C., les villes étaient gouvernées par des rois, les lucumons qui possédaient couronne, trône, sceptre et manteau pourpre. Renversés, ces rois furent remplacés par des nobles qui se partageaient le pouvoir. On sait assez peu de chose des magistratures inférieures ainsi que de la structure de la population dans son ensemble, sinon qu'il y avait beaucoup d'esclaves.

Certains de ceux-ci devaient être fort défavorisés, à en juger par quelques violentes révoltes dont il est fait mention. D'autres avaient droit à des maisons particulières, comme la plupart des hommes libres. Mais il est difficile se représenter ces maisons étrusques, dont il ne reste pas de vestiges. En revanche, la femme étrusque jouissait d'une position sociale égale à celle de l'homme. Elle pouvait participer aux banquets, aux jeux sportifs et même aux spectacles.

Non loin des villes se trouvaient les grandes nécropoles. Les tumuli, surmontant des chambres funéraires souterraines, sont la principale source de connaissance des archéologues. L'intérieur de ses chambres, fouillées au XIXe siècle, se voulait comme une représentation de leur vie domestique, avec des objets familiers comme des vases et des bijoux, des murs ornés de fresques pour les tombes les plus riches, de la nourriture et le sarcophage où reposait le défunt.

La mort chez les Étrusques est toujours accompagnée d'un banquet, de jeux et de danses pour accompagner le défunt dans son voyage cers l'au-delà. Ces somptueuses facéties expriment l'opulence de cette civilisation qui, selon Posidonios, jouit d'une abondance de denrées et de somptueux vêtements. Cette civilisation se caractérise ainsi par la joie de vivre et l'expression des plaisirs, à travers un mode de vie fastueux.

Il ne nous est pas parvenu beaucoup d'éléments concernant la religion étrusque, si ce n'est le nom de quelques Dieux qui pourrait s'apparenter aux Dieux grecs : Aïta, roi des Enfers (Hadès) ou encore Tinia, Dieu suprême (Zeus). Ce qui est avéré, c'est que la vie quotidienne des Étrusques était régie par la religion, comme l'a décrit Tite-Live : [ils tenaient] « plus que toute autre nation à l'observation des rites religieux ». Les Étrusques suivaient ainsi des rites bien précis et avaient un intérêt particulier pour tout ce qui touche à l'au-delà.

L'armée étrusque

L'organisation militaire étrusque reste aujourd'hui assez obscure, et la réforme censitaire décrite par Tite-Lice serait en fait anachronique et plus récente que l'époque de Servius Tullius.

Dans un premier, la guerre serait plutôt une histoire de querelles territoriales. Mais au cours du VIIe siècle, avec la formation des cités étrusques et les changements politiques, une armée se met en place et les guerriers étrusques ont un équipement proche de celui des hoplites grecs et utilisent la technique du combat en phalange. L'armée était composée de trois entités : la première ligne est formée des hoplites bardés de bronze, combattant en phalange derrière leur grand bouclier circulaire, le clipeus (casque, cuirasse et jambières de bronze, lance et épée).

Au deuxième rang combattent des hommes plus légèrement armés, équipés du casque, du scutum et de la lance. La troisième ligne est celle des voltigeurs, vélites et frondeurs, qui harcèle l'ennemi en avant des troupes lourdes, et se replie sur ordre des trompettes. Si, contrairement à l'armée grecque, l'armée étrusque possédait également une cavalerie, il n'est pas certain qu'ils utilisaient les chars de combat. Mais les coûts des équipements militaires engendrent des inégalités dans l'armement des différents soldats.

Servius Tullius, roi de la Rome antique et roi étrusque est célèbre pour sa réforme de l'armée romaine. Il va ainsi classer les citoyens en cinq classes, selon leur fortune, le cens. Cette disposition va changer l'organisation militaire, puisqu'ainsi, les riches contribueront à la défense de la cité avec un équipement particulièrement onéreux. Au IVe siècle avant J.-C., le type d'armement change : le casque à calotte sphérique, couvre nuque et protège-joues semblent s'imposer dans les premières classes tandis que les moins aisés conservent la panoplie hoplitique.

Les sciences

Les Étrusques avaient une bonne connaissance de l'anatomie humaine. Les fouilles archéologiques ont mis au jour des sanctuaires équipés de reproductions anatomiques témoignant des connaissances dans ce domaine, mais également de nombreux outils chirurgicaux. Ils pratiquaient la trépanation crânienne et savaient implanter des prothèses dentaires en or (retrouvées sur certains restes humains).

Les pièces archéologiques représentant des organes internes comme le cœur, les poumons ou l'utérus ont été interprétées par les étruscologues comme des offrandes aux Dieux pour favoriser la guérison de la partie malade du corps représentée en cire ou en céramique. Les Étrusques connaissaient également les bienfaits des eaux thermales qu'ils utilisaient dans les décoctions contre de nombreuses maladies.

La langue étrusque

Si la langue étrusque est problématique, l'écriture l'est moins. Il s'agit d'une écriture alphabétique, sans idéogramme. L'origine de cet alphabet est sans nul doute grecque, et se lit de droite à gauche. Les inscriptions conservées, qui sont environ 10 000 et proviennent notamment de Campanie, du Latium ou de Tarquinie, sont essentiellement d'époque romaine. Il s'agit surtout d'inscriptions funéraires ou votives comme l'inscription sur une bandelette de momie conservée à Zagreb, ou les tablettes d'or de Pyrgi du Ve siècle avant J.-C., contenant une quarantaine de mots.

Il existait des textes plus longs, comme des œuvres religieuses et littéraires, notamment les tragédies toscanes de Volnius, sans savoir précisément à quelle époque il vécut. Certains documents ont été traduits en latin, mais même les traductions ont disparu.

Cette civilisation se caractérise également par la richesse de son art. Les Étrusques furent d'habiles artisans et artistes, comme le montrent les fresques des tombes, ou les décors de vase, les sculpteurs réalisèrent des œuvres en bronze ou terre cuite, et les tombes témoignent encore de la qualité des joailliers et des métallurgistes.

L'architecture étrusque : de rares vestiges

Il ne subsiste rien des palais, des édifices publics et des premiers temples, tous construits en bois et en brique. Des modèles votifs en céramique, ainsi que des traces de structures en pierre plus tardives, indiquent que des temples furent construits dans des enceintes et possédaient des toits à pignons en tuile, soutenus par des colonnes, comme leurs équivalents grecs.

Le temple grec était toutefois construit selon un axe est-ouest sur un terre-plein peu élevé, accessible des quatre côtés par une colonnade ; un temple étrusque, pour des raisons religieuses, était situé sur un axe nord-sud et se trouvait sur une estrade garnie d’un porche à quatre colonnes faisant face à trois portes menant à trois salles parallèles pour les trois dieux étrusques majeurs. Le toit était décoré de statues de terre cuite aux couleurs vives, qui avaient pour rôle plus prosaïque, de cacher les joints de tuile et les extrémités des chevrons. Des figures en bas-reliefs ornaient l’entablement. Les temples romains étaient bâtis sur le modèle développé par les Étrusques.

La plupart des cités étrusques, situées, comme les acropoles grecques, sur des lieux élevés, étaient disposées en quadrilatère, garnies de fortifications et d’enceintes renforcées de doubles portes et de tours. Ces méthodes de construction étaient également appliquées hors d’Étrurie : les murs entourant Rome à ses débuts, prétendument bâtis du temps de Servius Tullius (578-534 av. J.-C.), étaient d’ordre étrusque.

On n’a retrouvé aucun vestige de maison étrusque, mais l’intérieur des tombes et des urnes funéraires en forme de maison suggèrent qu’elles avaient un toit de tuile plat ou en pente et comptaient de une à trois salles. Les exemples plus tardifs possédaient un atrium, avec un toit ouvert au-dessus d’une citerne pour l’eau de pluie, et une loggia — système que reprirent les Romains. Les Étrusques édifièrent également des aqueducs, des ponts et des égouts, comme la Cloaca maxima de Rome construite par les Tarquins.

L'art étrusque

Les sculptures 

Les Étrusques, comme la plupart des peuples antiques, ne regardaient pas l’art pour lui-même, mais créaient des objets pour des motifs utilitaires ou religieux. En conséquence, on ne connaît le nom d’aucun artiste et il existe peu d’exemples d’art public, strictement civil. Bien plus, l’art étrusque, quoique partageant des caractéristiques communes, est différent d’une cité à l’autre, reflet de leur indépendance politique.

Les œuvres étrusques les plus célèbres sont en terre cuite : ce sont soit des sculptures sur le couvercle des sarcophages (les « sarcophages des époux », fin du VIe siècle av. J.-C., Villa Giulia, Rome) provenant de Caere soit des œuvres pour les temples — revêtements pour protéger le bois et les sculptures sur les toits et les frontons. Les artistes de Vulci excellaient dans l’art de sculpter des images en nenfro, un calcaire local, représenté par le Sphinx et le Lion ailé à Rome.

Les Étrusques furent également d’exceptionnels artisans du bronze : la Louve du Capitole (v. 500 av. J.-C.), la Chimère (Ve-IVe siècle av. J.-C., Musée archéologique, Florence) d’Arretium et la statue grandeur nature d’Aulus Metellus en orateur, connue sous le nom d’Arringatore (Ier siècle av. J.-C., Musée archéologique), constituent les plus belles réalisations en bronze cette période.

La peinture

La peinture étrusque apparaît principalement sous forme de fresque sur pierre ou plâtre ornant les murs et les plafonds de tombes, en particulier à Tarquinia et autour de Clusium. Un petit nombre de panneaux peints a également été conservé. Dans les fresques de la période ancienne, le trait est énergique, les couleurs nettes et éclatantes. Les figures sont stylisées, massives, et souvent soulignées de noir.

Certaines fresques ont des sujets religieux : les quatre dalles provenant de Caere (v. 550 av. J.-C., British Museum, Londres) ; d’autres sont tirés de la littérature grecque, comme les scènes de la vie d’Achille dans la tombe des Taureaux (530-520 av. J.-C.) à Tarquinia. La plupart d’entre elles représentent des scènes prises sur le vif : jeux, danses, banquets qui accompagnaient les cérémonies funéraires (tombe des Augures 520-510 av. J.-C. ; tombe du Triclinium 480-470 av. J.-C.).

À partir du IVe siècle, les tombes, influencées par l’art hellénistique et le déclin de la puissance étrusque, sont plus réalistes et dégagent une atmosphère étonnamment sombre, où prédominent les scènes de guerre à Vulci (près de Tarquinia) et les démons effrayants venus du pays des morts (tombe de l’Ogre, IIe siècle av. J.-C.) à Tarquinia.

Les arts décoratifs

Les Étrusques commencèrent à importer ou à copier des poteries grecques décorées ; ils développèrent, parallèlement, une technique particulière de fabrication d’objets bucchero (céramique noire et brillante), avec des incisions en relief figurant le travail du métal. Cette technique connut son apogée à la fin du VIIe et au VIe siècle av. J.-C.

Travaillant le bronze, les Étrusques confectionnèrent des chariots, des vases, des chandeliers, des coffres cylindriques et des miroirs polis, tous richement gravés de motifs mythologiques. Ils confectionnèrent également des bijoux en or, en argent, en ivoire, avec emploi du filigrane et de la granulation.

La fin de la civilisation étrusque

Au début du Ve siècle avant J.-C., les peuples latins, aidés de l'armée grecque de Cumes forment une coalition face à laquelle les Étrusques ne purent venir à bout. La république romaine à cette époque devient de plus en plus importante, et c'est le début du déclin de la civilisation étrusque, avec en 474 avant J.-C. la défaite face aux grecs. Petit à petit, l'armée romaine prendra chaque cité et en 264 avant J.-C., les romains s'emparent de la dernière citadelle de Volsinies et les Étrusques comme civilisation sont rayés définitivement de la carte Antique.

Les tentatives de révolte contre le gouvernement romain furent systématiquement écrasées. Les liens entre Rome et l’Étrurie furent renforcés au Ier siècle av. J.-C., lorsque les Étrusques acceptèrent la citoyenneté romaine. Toutefois, leur statut récemment obtenu se détériora rapidement quand ils rallièrent le camp perdant dans les guerres civiles (88-86 av. J.-C. et 83 av. J.-C.). Le vainqueur, Sylla, se vengea brutalement, rasant des villes, saisissant les terres et imposant des restrictions aux droits civils des Étrusques.

La brutalité de Sylla dévasta à ce point l’Étrurie que les tentatives ultérieures de révolte furent sans effet. Plus tard, Auguste envoya de nouveaux colons en Étrurie, qui réussirent à accélérer la romanisation de la région. 

Le leg des étrusques aux romains

Les Étrusques, en tant que civilisation ou entité politique, ont disparu et ont fini par se fondre définitivement dans le moule romain. Mais en se romanisant, ils ont aussi fait de nombreux legs à la civilisation romaine. Les Romains ont emprunté les emblèmes du pouvoir aux Étrusques : la couronne d’or et le sceptre, le manteau pourpre des triomphateurs, le siège des sénateurs, le cérémonial du triomphe... Sur le plan militaire, les Étrusques ont transmis aux Romains la tactique hoplitique, qu’ils avaient eux-mêmes apprise des Grecs. La musique militaire provient aussi des Étrusques.

Dans l’art de bâtir, les Romains se sont également inspirés des Étrusques, maîtres en ce domaine. On retrouve aussi les rites de fondation des villes, le drainage et l’arpentage du terrain et leur plan orthogonal. Les maisons et les temples suivent aussi les modèles étrusques. Dans le domaine religieux, le grand apport étrusque est celui de la divination. Les fastes religieux romains sont également d’origine étrusque.Le leg culturel est incontestable. L’alphabet latin dérive plus de l’étrusque que du grec. Le théâtre romain mais aussi les spectacles sportifs s’inspirent des jeux étrusques. Dans le mode de vie et les rites sociaux de la vie quotidienne, on retrouve l’amour du luxe, du faste, des banquets, de la danse et la musique.

Si l’Êtrurie a disparu politiquement, elle a continué à survivre dans l’histoire romaine par sa culture. L’empereur Claude (41 à 54 apr. J.-C.) manifestait beaucoup d’intérêt à son égard et il parlait l’étrusque. À la Renaissance, époque où l’on redécouvre l’histoire étrusque, de nombreux artistes toscans verront dans les Étrusques, ces artisans créatifs et habiles, leurs lointains ancêtres directs. De nos jours, les travaux des étruscologues nous donnent l’image d’une civilisation brillante, raffinée, joyeuse et attachante, aimant la bonne chère, le vin, la musique, la danse, les spectacles, le sport et bien moins mystérieuse qu’on a pu le dire.

Bibliographie

- À la découverte des Étrusques, de Marie-Laurence Haack. La Découverte, 2021.

Les Étrusques: La fin d'un mystère, de Jean-Paul Thuillier. Gallimard, 2009.

Les Étrusques, de Dominique Briquel. Que-sais-je, 2018.

 

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