Plan MarshallElaboré par le secrétaire d'État américain George Marshall en 1947, le plan Marshall était un programme d'aide financière qui avait pour but d'aider à la reconstruction de l'Europe, dévastée par la Seconde Guerre mondiale. C’est tout autant la crainte de voir une Europe ruinée par la guerre cesser de s’approvisionner en produits américains, que la perspective de voir le communisme progresser sur le Vieux continent, qui incite les autorités américaines à proposer ce plan d’assistance économique aux pays européens. Entre avril 1948 et juin 1952, plus de 13 milliards de dollars seront consacrés au financement de ce plan, la plupart de ces fonds étant accordés à titre de dons.

 

Le plan Marshall : reconstruire l'Europe

Ce programme visant à aider à la reconstruction des pays européens a été proposé le 5 juin 1947 par le général Marshall, alors secrétaire d’Etat américain. Dans ce discours d’Harvard, le général Marshall lance un appel à tous les pays d’Europe, y compris l’U.R.S.S. et les pays communistes, en offrant l'assistance américaine pour la reconstruction matérielle et le redressement financier de l’Europe. Il ne s’agit rien de moins que d’éviter la dislocation économique, sociale et politique du vieux continent. Il n'échappe pas non plus aux politiques et économistes américains que la fragilité économique de l'Allemagne de Weimar résultant en partie de la politique des réparations avait joué un rôle important dans l'arrivée au pouvoir des Nationaux-Socialistes.

marshall harvardCe discours s'inscrit dans la politique américaine exprimée à travers la doctrine du président Harry Truman, dont l'objectif est d'aider les États à se protéger du communisme (politique de « containment »). Même si, au départ, l'aide américaine est proposée à tous les pays d'Europe (y compris l'URSS et les États communistes), elle est cependant destinée prioritairement aux nations non communistes et est un exemple de la volonté américaine de se tourner en direction de l'Europe.

À cette volonté idéologique et politique, il faut ajouter une raison économique : l'Europe représente en effet un marché prometteur ; or, à cause de la raréfaction du dollar, les États européens risquent de ne plus importer et les États-Unis de se trouver face à une crise de surproduction, ne pouvant plus écouler leurs marchandises.

Le refus soviétique de l’aide américaine

A la suite de l’offre américaine, Bidault, Bevin et Mololov, ministres des Affaires étrangères de France, de Grande-Bretagne et de l’U.R.S.S., se réunirent à Paris le 27 juin 1947, mais ne purent tomber d’accord. Molotov refuse de s’associer à un plan d'ensemble sous prétexte de préserver la souveraineté nationale. L'aide Marshall ne fut donc acceptée que par les pays de l'Europe de l’Ouest, l’U.R.S.S. et les pays communistes de l’Est faisant preuve à son égard d’une attitude bientôt nettement hostile.

L'acceptation du plan Marshall marqua la fin de la collaboration des communistes avec les autres partis en France et en Italie. En réaction au plan Marshall, l'Union soviétique décide en septembre 1947 la création du Kominform, qui a pour objectif d'harmoniser les politiques des partis communistes des États d’Europe de l'Est, ainsi que celles des partis communistes français et italien.Si sa mission officielle est de centraliser les informations d’intérêt commun, le Kominform sert en fait d’instrument de la politique stalinienne, particulièrement en Yougoslavie où Tito adopte une attitude indépendante. S’opposant point par point à la doctrine Truman, il crée une alternative « anti-impérialiste » et inaugure la Guerre Froide entre les deux blocs.

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Les bénéficiaires du plan Marshall

D'après la loi signée par le président Truman le 2 avril 1948, le plan Marshall était prévu pour une durée de quatre ans, jusqu’au 30 juin 1952; à cette dernière date, les pays européens bénéficiaires de l’aide américaine étaient censés avoir réussi à surmonter leurs difficultés économiques et financières. Le plan Marshall fut accepté par seize pays : l'Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Irlande, la France, la Grande-Bretagne, la Grèce, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, la Suède, la Suisse et la Turquie, auxquels se joignit l'Allemagne fédérale après sa naissance en 1949. L'effort est considérable, on estime qu'il représentera environ 1,5% du PIB américain sur cinq ans.

Essentiellement distribuée sous forme de dons, cette aide s'élèvera au total à plus de 13 milliards de dollars. Recevant 26% des crédits, la Royaume Uni en est la principale bénéficiaire. Elle est suivie par la France (22%), l'Italie et l'Allemagne de l'Ouest (11%). Au titre de l’aide du plan Marshall, la France reçut donc à elle seule plus de 2 milliards 800 millions de dollars, auxquels s’ajoutèrent d'ailleurs d'autres crédits importants. Le plan Marshall ne constitua en effet qu’un des aspects de l’aide américaine : de 1945 à 1964, l'assistance américaine au monde entier s'est élevée à 97 milliards de dollars, dont la France a obtenu, pour sa part, 4 milliards 443 millions de dollars.

L'aide américaine était offerte à des conditions particulièrement avantageuses (85% à titre gratuit, 15% en prêts à longs termes), mais elle imposait à l'Europe occidentale une orientation vers une durable communauté économique européenne. En effet, le plan Marshall considérait l’Europe comme un tout. Deux organismes administraient le plan : l’un, l'Economic Cooperation Administration (E.C.A.), était américain et distribuait les crédits, lesquels étaient répartis par un organisme européen, l’Organisation européenne de coopération économique (O.E.C.E.).

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Les résultats du plan Marshall

L'assistance économique des Américains se limite donc aux nations d'Europe occidentale ; massive et sous la forme pour l’essentiel de dons, le reste étant des prêts à long terme, elle se concrétise par l'institution d'organismes administratifs communs. L'Administration pour la coopération économique distribue les crédits et l'Organisation européenne de coopération économique (OECE, créée le 16 avril 1848) se charge de les dépenser. En 1961, l'OECE est remplacée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui élargit le champ de coopération entre ses divers membres.

Cette aide aura permis à ces économies de ne pas s'effondrer tout en assurant la prospérité à court-terme des Etats-Unis. Néanmoins le plan Marshall n'en fut pas moins critiqué à la fois par les tenants du libéralisme économique (qui y voyait une excuse pour maintenir le dirigisme des temps de guerre, ainsi qu'une entrave au libre marché) et par les socialistes qui le décrièrent comme un instrument de domination aux mains des Etats-Unis. En réaction au plan Marshall, l'Union soviétique décide la création du Kominform en 1947.

Quand les tensions de la guerre froide s'intensifient en 1949, les fonds servirent de plus en plus à financer les dépenses militaires, au détriment de la reconstruction industrielle. Surtout, s’accompagnant sur le plan politique de l’isolement des partis communistes dans les pays d’Europe occidentale, le plan Marshall, s’il a contribué au redressement économique de nombreux pays, a également renforcé la coupure entre les pays capitalistes et les pays communistes en Europe, coupure qui allait être au centre de la guerre froide.

Le Plan Marshall est resté depuis comme une référence en matière de soutien économique, a tel point qu'il en est devenu une expression fréquemment utilisée, que ce soit pour l'environnement ou l'aide à la reconstruction d'Haïti.

Bibliographie

- Le plan Marshall : A l'aube de la guerre froide, de Benn Steil. Belles Lettres, 2020. 

La stratégie américaine et l'Europe, de Bruno Colson. Economica, 1997.

Annexe : répartition des crédits du plan Marshall

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