Cher lecteur, chère lectrice. La survie de notre site dépend intégralement des recettes publicitaires.
Pour nous soutenir et continuer de profiter à l'avenir des services offerts par notre équipe de bénévoles, merci de désactiver votre bloqueur d'annonces pour le site https://www.histoire-pour-tous.fr en l'ajoutant dans la liste des exceptions ;)

Tapisserie Bayeux Une célèbre broderie longue de soixante-dix mètres célèbre la conquête en 1066 de l'Angleterre par Guillaume le conquérant, duc de Normandie, arrière-arrière petit-fils de viking. Aussi bel ouvrage d'art qu'instrument primitif de communication politique, la "Tapisserie de Bayeux" raconte une fabuleuse épopée. Ce que la tapisserie ne raconte pas, ce sont les origines du futur monarque anglais. Car avant de devenir duc, conquérant puis roi, Guillaume fut d'abord un descendant de ces illustres hommes du nord de l'Europe que l'on nommait vikings.

  

Les origines de Guillaume le Conquérant

Guillaume est né bâtard. Son père Robert le Magnifique, duc de Normandie, a eu un moment d'égarement avec la fille d'un tanneur de Falaise, en dehors de son mariage, et un fils est né . Qu'importe, Robert épouse la mère de Guillaume, selon la tradition viking qui autorise la polygamie. Le père et le fils sont les descendants directs de Rollon, un illustre chef viking qui s'installa un beau jour en Normandie.

navire normandLes vikings. Leur histoire est intimement liée à celle de Guillaume le Conquérant. Venus de Scandinavie, ces rudes hommes du nord, tout autant pillards qu'habiles commerçants, ont pris la fâcheuse habitude de déferler sur les côtes océanes et méditerranéennes dès la fin du VIIe siècle. Excellents navigateurs, juchés sur leurs fameux et très perfectionnés drakkars, leur incroyable périple va les conduire aux confins du monde connu alors, du Groenland à la Sicile, de la mer Caspienne au continent amérindien.

Les Vikings s'installent en Normandie

Les vikings qui nous intéressent sont danois. Leurs voisins saxons viennent d'être brutalement assujettis et christianisés de force par Charlemagne, qui projette de faire de même avec les danois, eux aussi païens. L' Empereur n'en aura pas l'occasion, mais, dès la fin de son règne, les vikings glissent le long des côtes de la mer du Nord, remontent les fleuves, tuant, pillant et saccageant tout sur leur passage. Ils s'en prennent tout particulièrement aux églises et aux monastères, peut-être parce qu'ils sont le symbole de l'oppression carolingienne, plus sûrement parce que ces institutions sont les plus richement dotées de l'époque.

Statue equestre guillaume conquérant falaiseGuillaume le Conquérant à Falaise (Normandie)" />Très affaiblis par les rixes entre les successeurs de Charlemagne, les monarques carolingiens ne peuvent leur opposer une résistance efficace. Incapable de se débarrasser d'eux, le roi Charles le Simple propose en 911 au chef Rollon et à ses vikings de s'établir dans la région de Rouen, qui deviendra la Normandie (qui signifie "pays des hommes du nord"). En échange de cette légitimation sur une terre que dans les faits ils occupent déjà, les normands acceptent de reconnaitre le roi comme suzerain et de se convertir au christianisme.

Francisés, christianisés et devenus propriétaires terriens, les normands n'oublient que très lentement leurs mauvaises manières de pillards mais se transforment néanmoins en gestionnaires avisés de leur nouveau patrimoine, désormais légitime. Devenue plus sûre, la Normandie prospère et devient rapidement un puissant comté puis duché, qui menace directement les souverains de la dynastie carolingienne finissante et de celle balbutiante des capétiens.

Guillaume le batard, duc de Normandie

Lorsqu'il devient duc de Normandie à la mort de son père en 1035, Guillaume n'a que huit ans, et les barons locaux s'empressent de contester sa légitimité. Il s'ensuivra une décennie de troubles, aggravée par la famine et des épidémies. En 1047, avec le soutien du roi de France, le jeune duc reprend son duché en main et mate les barons rebelles. Il redistribue les terres et impose son administration, puis se marie avec Mathilde de Flandre, nièce du roi de France. Sa puissance égale celle du roi, et la rivalité s'installe rapidement entre les deux hommes. Heureusement pour le roi de France, l'attention de Guillaume est détournée en 1066 outre manche. Le roi d'Angleterre Édouard le confesseur, un parent de Guillaume, meurt sans descendance directe. Or, Édouard avait promis sa couronne à Guillaume quelques années auparavant. Ce dernier fait valoir ses droits qui sont aussitôt contestés par un aristocrate local, Harold, qui s'empare du trône avec l'aval du vieux parlement anglo-saxon.

A la conquête d'un royaume

bataille hastings tapisserie bayeuxLe normand n'a pas l'intention de se laisser faire. Retrouvant les airs guerriers et l'esprit de conquête de ses ancêtres vikings, il embarque fin septembre 1066 avec son armée sur des... drakkars et traverse la manche pour récupérer manu militari son dû. Harold, qui vient de repousser une énième invasion venue de Scandinavie, accourt à la rencontre du duc de Normandie. C'est la bataille d' Hastings, le 14 octobre 1066, longtemps indécise avant de tourner à l'avantage des normands, Harold y perdant la vie. Guillaume triomphant, et en route pour Londres y gagne le surnom de "Conquérant". Bien que plus flatteur que le surnom de bâtard, le désormais souverain d'Angleterre réfutera obstinément le titre de conquérant, s'estimant héritier légitime et non un envahisseur ou un usurpateur. Viking mais pas trop.

On considère que 1066 est une date fondatrice pour l'Angleterre en tant que nation et puissance européenne. Longtemps isolé du reste de l'Europe, malmené par des siècles de guerres civiles et d'invasions, le royaume d'Angleterre se transforme radicalement sous la houlette du nouveau roi. L'ile désormais sécurisée par de nombreux châteaux forts construits sous son règne, dont la tour de Londres, Guillaume s'attelle à asseoir son autorité et renforcer l'autorité royale.

Après être venu à bout de la résistance de la vieille aristocratie anglo-saxonne, il va peu à peu les remplacer par des normands acquis à sa cause. En 1070, la conquête normande est achevée. Deux ans plus tard, Guillaume envahit l'Écosse et impose au roi Malcolm III Canmore de lui rendre hommage.

Un habile aministrateur 

Important la législation normande qu'il fusionne avec les anciennes pratiques locales, il impose un recensement des biens et des personnes, le "domesday book", qui fixe les droits et les devoirs de chacun. Il a emporté avec lui la langue (presque) française qui a donné naissance à la langue anglaise contemporaine (la monarchie anglaise a encore pour devise en français "Dieu et mon droit"). Par ailleurs, il démembre les grands comtés qui bénéficiaient d'une quasi-indépendance sous ses prédécesseurs, et distribue les terres confisquées à ses fidèles serviteurs normands. Un puissant royaume est né, avec à sa tête un normand et son conjoint, la reine Mathilde.

guillaume-conquerantGuillaume introduit le système féodal en vigueur sur le continent. Par le serment de Salisbury (1086), tous les seigneurs lui jurent fidélité, consacrant ainsi le principe de l'allégeance directe de chaque seigneur à la puissance royale. Les seigneurs doivent reconnaître la compétence juridictionnelle des tribunaux locaux que Guillaume Ier maintient en place avec de nombreuses autres institutions anglo-saxonnes. Les tribunaux ecclésiastiques et séculiers sont séparés et le pouvoir pontifical sur les affaires de l'Angleterre est fortement limité.

Il n'y a pas qu'une langue et une législation que Guillaume a emporté dans ses drakkars en franchissant la Manche. Toujours suzerain d'un morceau de France, il est venu aussi avec une rivalité tenace qui l'oppose au roi de France au sujet de son duché de Normandie. À partir de 1075, Guillaume Ier le Conquérant doit faire face à une révolte en Normandie, fomentée par son fils aîné Robert Courteheuse, fort du soutien du nouveau roi Philippe Ier de France. Guillaume se rend alors fréquemment sur le continent afin de leur livrer bataille. En 1087, Guillaume riposte au pillage d’Évreux par l’incendie de la ville de Mantes (aujourd'hui Mantes-la-Jolie).

Victime d'une chute de cheval, il meurt à Rouen où il a été transporté le 9 septembre 1087. Il est enseveli à Caen, dans l’abbatiale Saint-Étienne. Son fils Guillaume II lui succède à la tête de son immense domaine.

Bibliographie :

- De Michel de Boûard, Guillaume le Conquérant, Editions Fayard, 1984.

- De Paul Zumthor, Guillaume le Conquérant, Editions Point Histoire, 2000.