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Histoire des Saintes Maries

Discussions et échanges autour de l'histoire dans sa dimension régionale et locale

Histoire des Saintes Maries

Messagepar La Brinvilliers » 03 Aoû 2010, 16:54

La plupart du temps, lorsque l'on emploie le terme Camargue, les gens pensent Gitans, Pèlerinage, Saintes ...

Voici l'histoire de ces 3 Saintes :

MARIE SALOME – MARIE JACOBE - SARA

Dans l’antiquité, la Camargue était une île consacrée au dieu égyptien Râ, le père du soleil. Le village des Saintes est bâti à proximité de l’emplacement de l’oppidum Râ. Il s’appelle d’abord Notre Dame de Ratis, puis Radeau, puis Notre Dame de la Mer. A la Révolution, il fut baptisé Commune de la Mer. Son nom actuel Les Saintes Maries de la Mer date de 1838. Plusieurs vocables lui sont donnés : Notre Dame de la Barque, les Maries, Les Deux Maries de la Mer, les Trois Maries.

L’église construite près de l’embouchure du petit Rhône, avait un rôle stratégique : au Moyen Age, les pirates sévissaient sur cette côte déserte et éloignée de toute ville. Ainsi quand ils apparaissaient au loin en mer, la population se réfugiait dans l’église. Cela explique que les murs soient percés de meurtrières et qu’on y trouve un puits d’eau douce à l’intérieur.

Les Saintes Maries sont depuis toujours un haut lieu de pèlerinage.

La légende des Saintes Maries s’appuie sur des sources sacrées, sur les textes de l’Evangile et des actes mentionnant la présence au Golgotha des compagnes de la Vierge.

Après la mort du Christ, Marie Jacobé : femme de Cléophas, mère de Saint Jacques le Mineur, Marie Salomé : épouse de Zébédée, mère de Saint Jean l’Evangéliste et de Saint Jacques le Mineur, Marie : mère de Jésus, et les apôtres vivaient à Jérusalem. Ils attiraient à la religion chrétienne un nombre croissant d’adeptes. Persécutés par les juifs, qui les obligèrent à monter dans des barques sans voiles, sans aviron, sans provisions qu’ils poussèrent à la mer, les Saintes Femmes, Lazare et sa famille, Marthe, Marie Madeleine et quelques autres débarquent par miracle sur la plage des Saintes.

Petite parenthèse : Marseille, Arles, les Baux de Provence se disputent le privilège d’avoir accueilli la Barque des Saintes.

La tradition adjoint Sara : une ancienne déesse ? une familière des Saintes dont elle partagea l’exil ? la femme répudiée de Pilate ? par contre un évangile apocryphe datant du IIe siècle : la lettre des Apôtres mentionne que lors de la résurrection, le Christ apparut à trois femmes : Marie de Magdala, Marthe et Sara. Sara deviendra la sainte des gitans, leur patronne. Une chose est sûre : Sara la noire avait la peau très mate.

A terre, chacun se disperse pour évangéliser les peuplades voisines, Trophime s’arrêta à Arles, Marthe vint à Tarascon, Lazare prit le chemin de Marseille, Maximin gagna Aix, accompagné de Marie Madeleine qui se retire à la Sainte Baume, seules Marie Jacobé et Marie Salomé restent sur place et convertissent les nomades qui parcourent les forêts et les lagunes, à la foi nouvelle : l’évangélisation de la France s’est faite par la vallée du Rhône.

Marie Jacobé mourut d’abord, suivie de près par Marie Salomé. Ainsi chaque 25 mai et chaque 22 octobre on commémore leur souvenir respectif.

Les corps des Saintes ont été ensevelis près d’une source d’eau douce qui assure la filiation des cultes païen et chrétien qui vénéra la source et attribua aux Maries le miracle de son jaillissement.

La tradition d’inhumation des Saintes remonte à loin, le culte date du Vie siècle. Elle était admise au XIIe, selon un texte de Gervais de Tilbury, maréchal du royaume d’Arles : « l’antique tradition pleine d’autorité » selon laquelle six têtes de corps saints disposées en carré, reposent sous l’autel de la basilique. « On assure que de ce nombre sont les deux Maries qui, le premier jour après le sabbat, vinrent avec des parfums voir le tombeau du Sauveur ».

Au siècle suivant, une confrérie des Saintes est fondée à Notre Dame de la Mer en l’honneur des Saintes. En 1357, Jean de Venette, religieux carme du couvent de paris termine un poème dans lequel il mentionne la présence des corps, ensevelis dans l’église pour les soustraire à la profanation des pirates :

… « Cil lieux se dit et fait nommer
Aux deux Maries de la mer
Illec sont près du rivage…
Là reposent les deux Maries
Honorées et seignourées
C’est Jacobé et Salomé
Qui sont en grande renommée…
Ou leurs corps saints gisent sans double
Droit en l’église et en la crouste »…

Le pèlerinage jouissait d’une grande faveur au XVe siècle : des témoignages écrits apportent dès lors des garanties.

Le roi René, Comte de Provence, séduit par l’histoire des Saintes, entreprend de rechercher les restes en 1448 avec l’autorisation du pape Nicolas V : les personnes habilités, ayant prêtées serment sur les saints Evangiles mirent au jour une tête de corps humain enveloppée dans du plomb, puis sous le chœur, ils découvrent des vases et un mur transversal, dans lequel se trouve une porte fermée par une pierre. Au pied du grand autel, ils dégagèrent les têtes et les ossements de deux corps humains que l’on attribuera aux deux Saintes, puis furent exhumées les têtes de trois corps plus petites que les autres, disposées en triangle.

Les fouilles avaient durées quinze jours. Les six têtes furent placées dans la sacristie. Neuf témoins, notables ecclésiastiques du pays d’Arles, attestèrent sous la foi du serment que « les corps des Saintes Maries reposaient dans l’église du lieu de la Mer…qu’il s’y faisait une grande affluence de pèlerins venant des environs et des pays éloignés ».

Le roi René, devant la concordance des faits, acquis la certitude qu’on avait mis à jour les restes des Saintes, il obtint l’approbation du pape pour les élever solennellement. Le 2 décembre 1448, en grande cérémonie, devant la cour du roi, le cardinal légat du pape proclama que les corps des Saintes Maries reposaient véritablement dans l’église. Le lendemain, après être nettoyées au vin blanc (quel dommage !) les reliques furent déposées dans une châsse faite de bois de cyprès, ornées de ferrure d’argent et couverte d’étoffes de soie brodée d’or, portées à la vénération sur la place publique. Le 4 décembre, les châsses furent fermées à clé et hissées dans la chapelle haute de l’église.

A la révolution, les jacobins ont presque réussi à brûler les reliques, une partie a été heureusement sauvée par les fidèles. Depuis 1794, elles sont placées dans de nouvelles châsses en bois blanc. De ce jour, en souvenir, il y a un pèlerinage en octobre, plus calme.

La suite prochainement

Source :
Livre : Les Saintes maries de la Mer d’Alain Albaric
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Messagepar Kara Iskandar » 03 Aoû 2010, 18:07

Ah très intéressant, j'avoue que mes connaissances sur le sujet étaient trés limitées. :oops:
Délibérer est le fait de plusieurs. Agir est le fait d'un seul.
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Messagepar La Brinvilliers » 03 Aoû 2010, 19:21

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Messagepar Kara Iskandar » 03 Aoû 2010, 19:22

J'essaie de prendre du recul par rapport à ce que peuvent rapporter les journalistes, il vaut mieux parfois. :)
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Messagepar La Brinvilliers » 04 Aoû 2010, 12:03

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Messagepar Kara Iskandar » 04 Aoû 2010, 12:20

Et bien, ce n'est pas rien tout cela ! :shock:
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Messagepar Desaix » 30 Aoû 2010, 13:38

Très intéressant mais au final le succès du pèlerinage est assez tardif (XIIème siècle) de même que les première mention (VIème siècle).
Alors pourquoi apparait comme ça, 6 siècles après les faits, un culte de ces saintes ?
Dont malgré tout aucun texte reconnu par l'Église catholique ne parle du voyage...
La tradition parle de cet exode, mais y a t'il au moins des apocryphes datables qui le mentionne ?

Par hasard, ce lieu de pèlerinage ne se développerait-il pas en même temps que celui de Saint-Jacques-de-Compostelle ?
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Messagepar La Brinvilliers » 30 Aoû 2010, 16:28

Il est difficile de répondre à vos questions, comme ça ! Mais je tente de répondre :

Pourquoi un culte ? je crois qu'à certaines périodes de l'histoire, l'humain a besoin de croire en quelque chose, suite aux grandes guerres ou grandes maladies ou autres. Cette tradition est apparue au temps des croisades, période de grands déplacements, de grande piété.

St Jacques de Compostelle : il y a également eu évangélisation . Mais une chose est sûre : on ne peut pas, je ne peux pas comparer Compostelle avec la fête des Gitans. Compostelle est plus pieux, plus calme, plus "normal" :oops: .

Pour les Saintes Maries : en fin de compte, les gitans se sont comme "appropriés" Sara, de l'esclave ils en ont fait une sainte et ainsi un lieu de pélérinage
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Messagepar Desaix » 30 Aoû 2010, 17:03

Détrompez-vous, la découverte du corps du pseudo Jacques est encore plus récente, datant du IXème siècle.
SI je l'ai met en parallèle c'est que le scénario est semblable: un personnage biblique débarqué en Europe sans qu'aucun texte sacré n'en parle.
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Messagepar La Brinvilliers » 30 Aoû 2010, 20:46

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