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jean-moulinArreté et torturé par les allemands en 1943, Jean Moulin était le visage de la France qui résistait  à l'occupant nazi. Ancien préfet de Chartres et mis en disponibilité par le gouvernement de Vichy, il rejoint De Gaulle à Londres. Ce dernier lui confie alors la lourde tache de rassembler et d'organiser la résistance dans la zone sud. Il y fondera l'armée secrète et surtout le Conseil National de la Résistance qu'il présidera jusqu'à son arrestation à Caluire. Evoquer et comprendre la vie de Jean Moulin c'est aussi revenir sur les heures cruelles et décisives qui virent la résistance française se structurer dans l'optique de la Libération.

 

Un jeune préfet de France et un républicain

Né à Béziers le 20 juin 1899, issu d'une famille d'universitaires de tradition socialiste, Jean Moulin entra dans l'administration du ministère de l'Intérieur et devint en 1930 le plus jeune sous-préfet de France. Chef du cabinet de Pierre Cot, ministre de l'Air du gouvernement du Front populaire, il fit partie de ceux qui tentèrent de venir en aide aux républicains espagnols pendant la guerre civile.

Jean Moulin ChartresIl fut nommé préfet de Chartres en juin 1940, en pleine seconde Guerre Mondiale. Le 17 juin 1940, peu après l'invasion allemande, il refusa de signer, à la demande de l'occupant, une déclaration accusant à tort une troupe de tirailleurs sénégalais d'avoir commis diverses exactions. Menacé, il tenta alors de se suicider pour ne pas commettre un acte déshonorant.

Le gouvernement de Vichy, qui le jugeait suspect en raison de ses convictions républicaines, le révoqua le 2 novembre 1940. Il noua alors divers contacts en zone libre, au sein de l'administration comme dans les premiers groupes isolés qui commençaient à mener des actions contre l'occupant. Il acquit ainsi la conviction qu'il était essentiel de coordonner l'action de la Résistance pour la rendre plus efficace.

L'unificateur de la Résistance

Rejoignant le général de Gaulle à Londres en 1941, il s'attacha à lui faire un état aussi exact que possible de la Résistance française, et reçut de lui la mission de réaliser l'unité de tous les mouvements en zone libre.

Parachuté en Provence dans la nuit du 31 décembre 1941 au 1er janvier 1942, Jean Moulin accomplit, en un an et demi, une tâche considérable: placé à la tête d'une véritable administration, supervisant un service des parachutages, un bureau d'information et de presse (confié à Georges Bidault), un comité général d'étude (chargé de préparer la réforme de la France après la libération du territoire) ainsi qu'un organisme chargé du noyautage des administrations publiques (NAP), il réussit, tout en changeant en permanence de lieux et d'identité, à remplir la mission qui lui avait été confiée.

Au prix de conflits souvent très vifs, notamment avec Henri Frenay, le fondateur de Combat, très soucieux de son indépendance, il parvint à imposer la fusion des trois grands mouvements (Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur) dans les Mouvements unis de résistance (MUR), tout en obtenant que leurs éléments militaires forment une Armée secrète soumise aux seules instructions du général de Gaulle.

resistants alpes 1944Infatigable trait d'union entre la France libre et la Résistance intérieure, il revint d'un second séjour à Londres, en février 1943, investi d'une nouvelle mission, celle de constituer un organe politique représentatif de toutes les tendances de la Résistance: ce fut le Conseil national de la Résistance (CNR), groupant mouvements de résistance, syndicats et partis politiques, qui, sous la présidence de Jean Moulin, tint sa première séance à Paris, rue du Four, le 27 mai 1943.

Arrestation et mort de Jean Moulin

Cependant, dès le 9 juin suivant, une trahison permit à la Gestapo d'arrêter à Paris le général Delestraint, chef de l'Armée secrète. Le 21 juin 1943, lors d'une réunion à Caluire, près de Lyon, Jean Moulin fut à son tour arrêté par la Gestapo de Lyon, conduite par Klaus Barbie, sans doute à la suite d'une dénonciation au sujet de laquelle témoins de l'époque et historiens ont avancé de nombreuses hypothèses, notament celle d'une trahison de René Hardy.

1964 pantheon malrauxSoumis à la torture, celui qui portait le pseudonyme de «Max» refusa obstinément de parler. Agonisant, il succomba à ses blessures lors de son transfert vers l'Allemagne le 8 juillet 1943. Ramené à Metz, puis à Paris, son corps fut incinéré puis inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

«Le visage de la France»

Le 19 décembre 1964, ses cendres furent transférées au Panthéon. Par ce jour glacial, André Malraux évoqua dans un discours resté célèbre la personnalité de ce «roi supplicié des ombres» dont la «pauvre face informe du dernier jour […] était le visage de la France». Le ministre de la culture, en présence du Président de Gaulle, rend hommage à l'homme qui a été l'unificateur de la résistance française et qui n'entre pas seul au Panthéon...

Il entre "Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé...avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard...avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres."

Parfois contesté, notamment par ceux qui, à l'instar d'Henri Frenay, le soupçonnèrent de collusion avec les communistes, et l'accusèrent d'avoir compromis l'esprit de la Résistance en y réintroduisant les partis politiques traditionnels, Jean Moulin reste, par l'ampleur de son action, l'une des personnalités les plus marquantes de cette période.

Bibliographie

- Jean Moulin. La République des catacombes, de Daniel Cordier. Gallimard, 1999.

- Jean Moulin : Le politique, le rebelle, le résistant de Jean-Pierre Azéma. Tempus, 2006.

- Vies Et Morts De Jean Moulin de Pierre Péan. Fayard, 1998.