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paul cezannePaul Cézanne, originaire de Provence et ami de Zola, est aujourd'hui célèbre pour ses nombreuses compositions de paysages et natures mortes. Vers  la fin du XIXe siècle, c'est pourtant dans l'isolement et l'anonymat qu'il réalise ses oeuvres majeures, à la recherche d'une nouvelle construction picturale qui l'éloigne de l'impressionnisme. Ce peintre français est considéré comme le père de la peinture moderne.

 

Entre romantisme et réalisme

Né à Aix-en-Provence le 19 janvier 1839, Paul Cézanne est le fils d’un riche bourgeois de la société aixoise. Avec son ami d’enfance Émile Zola (de deux ans son cadet) qu’il rencontre au collège, il manifeste un intérêt précoce pour les disciplines humanistes. Après des études de droit, Paul Cézanne se voit accorder par sa famille une petite pension et part étudier la peinture à Paris. Entre 1861 et 1869, aux côtés d’Émile Zola, il partage sa vie entre Aix et Paris. Là, il découvre et se passionne pour l’œuvre d’Eugène Delacroix, d’un éclectisme romantique, et pour celle de Gustave Courbet, d’un réalisme révolutionnaire. Inscrit en 1862 à l’Académie suisse de Paris (où il rencontre Camille Pissarro), il aime également étudier la manière d’artistes comme Titien, Pierre Paul Rubens, Diego Vélasquez ou le Caravage, lorsqu’il se rend au musée du Louvre. À partir de 1863, Paul Cézanne propose régulièrement ses toiles au jury du Salon, qui refuse systématiquement de l’exposer, à l’exception de l’année 1882 (c’est ainsi qu’il participe notamment au Salon des refusés de 1863).

renoir monetLes premiers tableaux de Paul Cézanne révèlent son goût des allégories. La nostalgie d’un romantisme s’y exprime en une manière lourde, forte en matière, pastichant et récapitulant la génération antérieure. Toutefois, alors même qu’Émile Zola poursuit sa quête d’un roman réaliste, Paul Cézanne s’intéresse peu à peu à la représentation du réel en peignant des portraits et des natures mortes, sans souci d’idéalisation thématique ni d’affectation stylistique. Il en est ainsi de la Pendule au marbre noir (1869-1870, collection particulière, Paris), tableau dans lequel le peintre, en omettant la représentation des aiguilles, fige le temps et marque la pesanteur physique des objets.

L'influence de l'impressionnisme

L’influence la plus décisive que reçoit Paul Cézanne est celle de Camille Pissarro, qui l’incite à s’installer, en 1872, à Auvers-sur-Oise (chez le docteur Gachet). Camille Pissarro enseigne au jeune peintre aixois la technique de la peinture de plein air, qualifiée négativement d’impressionniste par la critique dès 1874. Avec Claude Monet, Auguste Renoir et quelques autres, Camille Pissarro a forgé un style qui suppose un travail rapide et subjectif, à l’aide de petites touches de couleur pure, pour rendre l’évidence de la vie en marche. Ces artistes espèrent saisir les notes les plus éphémères de la nature et consigner leur propre interprétation visuelle — tout aussi fugace — de chaque instant.

Sous ce patronage (de 1872 à 1873), Paul Cézanne abandonne les tonalités sombres pour des teintes vives et s’oriente de plus en plus vers les scènes de la vie rurale, où la couleur prend le pas sur le modelé. Sous l’amicale pression de Camille Pissarro, Paul Cézanne participe à certaines des expositions impressionnistes (en particulier à la première de 1874, organisée par Félix Nadar) qui rompent, par la volonté économique et esthétique d’échapper aux circuits artistiques traditionnels, avec l’officialité. Cependant, face à l’hostilité et l’incompréhension que connaissent en particulier ses toiles, Paul Cézanne s’éloigne de ses compagnons parisiens entre la fin des années 1870 et le début des années 1880, et passe l’essentiel de son temps à Aix-en-Provence.

De la période constructive...

À partir de 1882, Paul Cézanne cesse de travailler en étroite collaboration avec Camille Pissarro. Peu après, il prend ombrage de l’Œuvre d’Émile Zola (1886), roman dans lequel l’écrivain brosse le portrait d’un peintre réaliste, Claude Lantier, incapable de capturer le réel autrement que dans la mort. Atterré par les sentiments de son ami à son égard, Paul Cézanne rompt avec son plus ancien admirateur. La même année, il hérite de la fortune de son père, acquérant ainsi une aisance financière qui lui permet de s’isoler et de se concentrer sur son travail, hors de toutes autres contingences formelles ou matérielles.

cezanne nature morteLes années 1880-1890 sont celles de la maturité du style « cézannien ». Durant cette période prolifique, l’artiste continue de réaliser des études d’après nature dans la mouvance impressionniste, tout en cherchant le moyen de rompre avec une peinture de la nuance fugace, pour une peinture de la durée — autrement dit, substituer au temps qui passe dans la lumière changeante du jour la pesanteur éternelle des objets.

Paul Cézanne veut marquer la construction de l’espace pictural plutôt que l’apparence du moment, sans pour autant sacrifier la puissance évocatrice des couleurs. Afin de répondre à cette exigence, il systématise le procédé de la touche directionnelle. La touche, en plus d’une information sur la couleur et la matière d’un objet, va rendre, par sa disposition et par son orientation, le volume de l’objet dans l’architecture générale de la toile. Par un faisceau de touches posées verticalement pour la peinture d’un arbre, et de touches posées horizontalement pour le rendu de la mer, Paul Cézanne dessine directement dans la couleur, matérialisant ainsi d’une trame géométrique les éléments du réel.

... A la période synthétique

Dans les dernières années de sa vie, le style de Cézanne évolue vers une simplification des formes, une géométrie dissolue au fur et à mesure dans la couleur. Il en est ainsi de la série de la Montagne Sainte-Victoire, où, sur le procédé impressionniste de la répétition graduée du motif, l’artiste propose une réflexion sur la notion même de paysage en étageant le rendu perspectif des plans (la Montagne Sainte-Victoire, vue de Bibémus, 1898-1900, musée d’Art de Baltimore).

La dernière partie de son travail se caractérise par la mise en place de grands portraits (série des Grandes Baigneuses, 1898-1905, Museum of Art, Philadelphie ; Barnes Foundation, Merion ; les Grandes Baigneuses, The National Gallery, Londres), dans lesquels les corps humains deviennent d’amples volumes sculpturaux architecturés par les modulations de la couleur.

Du quasi anonymat à la célébrité

grandes baigneuses cezannePendant de longues années, le travail de Paul Cézanne n’est connu que de ses amis impressionnistes et de quelques artistes comme Vincent Van Gogh et Paul Gauguin. Œuvrant dans un isolement quasi complet, l’artiste se méfie des critiques et des expositions. En 1895, toutefois, Ambroise Vollard (ambitieux marchand d’art parisien) organise une exposition des œuvres de l’artiste, qu’il continue de promouvoir avec succès, pendant plusieurs années. C’est une révélation pour de nombreux artistes et critiques, pour lesquels il devient alors une référence immédiate (Maurice Denis, l’Hommage à Cézanne, 1900, musée d’Orsay). Beaucoup de jeunes artistes se rendent désormais à Aix-en-Provence afin d’observer son travail. Suivent plusieurs expositions importantes (exposition individuelle du Salon des indépendants en 1899, Salon d’Automne de 1904, 1905 et 1906) et, à sa mort (à Aix-en-Provence, le 22 octobre 1906), il a acquis la renommée.

La génération suivante de peintres adopte peu à peu la plupart des caractéristiques propres à Paul Cézanne. Cette génération sent la nécessité, impérieuse quoique complexe, de trouver un souffle nouveau, susceptible de redonner à l’art moderne sa sincérité et son engagement, les visées naturalistes de l’impressionnisme ayant sombré dans l’académisme.

Bibliographie

- Paul Cézanne, de Maurice Merleau-Ponty. Editions RMN, 2006.

- Correspondance de Paul Cézanne. Grasset, 2006.