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Charles QuintMaître d’un immense empire sur lequel « le soleil ne se couchait jamais », l’histoire de Charles Quint ne ressemble à aucune autre. Non seulement il fut le premier souverain d’un empire colonial situé sur le nouveau continent amérindien, mais il fut également l’heureux bénéficiaire d’une cascade d’héritages qui le plaça à la tête d’un  immense domaine en Europe. Grande sera pour cette figure de la renaissance la tentation de vouloir ressusciter la vieille idée carolingienne d’un empire chrétien, cette fois-ci non plus limitée à l’Europe mais à l’univers connu.

 

 

Les héritages de Charles Quint

Charles Quint est né en 1500 à Gand en Flandres, peu gâté par dame nature, mais avec une cuillère en or dans la bouche. Francophone, il baigne dans la tradition bourguignonne des riches états de son père le duc de Bourgogne Philippe le beau, dont il hérite en 1506 – Belgique, Artois, Luxembourg, sud de la Hollande, Franche-Comté. Ses grand-parents maternels ne sont autres qu’Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, les « rois catholiques », auréolés du prestige de la fin de la reconquête de l’Espagne sur les maures, qui règnent sur la méditerranée et président à la conquête du nouveau monde amorcée par Christophe Colomb en 1492. Charles Quint en hérite définitivement en 1518, prenant le nom de Charles Ier d'Espagne. Ayant écarté au passage sa dépressive mère Jeanne la Folle, il rencontre aussi quelques résistances des hispaniques qui ne voient pas d’un bon œil l’arrivée d’un souverain bourguignon.

francoiser henriviiiCerise sur le gâteau, il devient, à la mort de son grand père l'empereur Maximilien, archiduc d’Autriche, ce qui lui ouvre la voie de la succession à la couronne du saint empire romain germanique, couronne qu’il emporte de haute lutte en 1519 en achetant grassement les princes électeurs pour être élu empereur. Ses concurrents François Ier et Henri VIII avaient bien perçu le danger que représentait pour l’équilibre en Europe ce Charles trop bien né, et ils ne laisseront que peu de répis à Charles.

Des ambitions contrariées

Charles Quint règne sur le Nouveau Monde comme sur l’Ancien. Ses possessions et ses origines font de lui avant tout un monarque européen. On dit de lui qu’il parlait aux hommes en français, italien aux femmes, espagnol à Dieu et allemand à son cheval. Couronné Empereur en 1520 à Aix la Chapelle, songeant d’une part à Charlemagne et d’autre part à ses marins italiens et ses conquistadors espagnols à l’assaut des Amériques, il devait probablement rêver à un possible empire universel, dont la base serait le continent européen. Sa devise –Toujours plus loin- est à la mesure de son ambition. Une ambition qui va rapidement être freiné par les nombreuses épines qui vont venir se planter dans son songe.

l'Empire de Charles Quint

Il y a pour commencer ce cactus planté au milieu de son domaine nommé François Ier à la tête du royaume de France, qu’il doit contourner en d’épuisants voyages par terre et par mer pour visiter son empire ou faire circuler ses armées. Entre le souverain français cerné de toutes parts et l’ambitieux Empereur s’engage une lutte à mort qui va durer quatre décennies. Malgré quelques victoires militaires –Pavie, 1525-, l’opiniâtre roi de France ne cède pas malgré la signature du traité de Madrid (1526), et les deux parties s’épuisent dans une série de guerres qui ne donneront aucun avantage durable à l’une ou l’autre. 

François Ier n'en démord pas et prend Charles Quint à revers en s’alliant au sultan Soliman le Magnifique, ce dernier menaçant dangereusement ses possessions habsbourgeoises en venant mettre le siège devant Vienne (1529). Charles se console en ajoutant à ses possessions la Bohème, le Milanais et la Hollande, mais échoue dans ses tentatives pour s’établir en Afrique du nord contre les Turcs. En 1529, une paix précaire (dite Paix des Dames) négociée par Louise de Savoie représentant le roi de France et Marguerite d'Autriche pour l'empereur est signée à Cambrai.

Menaces sur l'empire

L’autre menace qui plane sur l’unité même de son empire est la réforme religieuse qui commence et progresse sous son règne. Depuis 1517 se propagent en Europe les idées de Luther puis de Calvin qui visent à changer en profondeur les pratiques et dogmes de l’Eglise. La Réforme va trouver entre autres des échos auprès des princes allemands, bien trop heureux de trouver un moyen de résister à l’Empereur qui n’a de cesse de rogner les « libertés germaniques ». Ils s'unissent en 1529 dans la Ligue de Smalkalde. Détenteur du titre de Saint Empereur Romain, Charles Quint, fervent catholique, va lutter avec acharnement contre la Réforme.

Charles-QuintMalgré une victoire militaire à  Mülhberg (1547) sur les princes luthériens rebelles soutenus opportunément par François Ier, Charles Quint est impuissant à circoncire la progression de la réforme en Allemagne, en Suisse et aux Pays-Bas. Et ce, d’autant plus que l’autorité papale est très affaiblie à cette époque, affaiblissement auquel il a lui-même contribué dans lors de ses incessantes luttes contre la France en Italie (sac de Rome en 1526 sous le pontificat de Clément VII).

Peu à peu, Charles Quint voit son rêve d’Empire Universel Chrétien s’évaporer. Malgré les fabuleuses richesses que ses vaisseaux ramènent des Amériques, la France l’empêche d’unifier géographiquement son empire, dont les frontières sont menacées dans les Balkans par les turcs, et il assiste impuissant à la division religieuse qui s’installe durablement en Europe. En 1555, lassé et usé par les guerres incessantes qu’il doit mener sur tous les fronts, malade et gagné par l’amertume, Charles Quint annonce à l’Europe entière stupéfaite son intention d’abdiquer. C’est un fait rarissime dont le dernier précédent remonte à l’Empereur romain Dioclétien. Lucide, il partage son immense empire entre son frère Ferdinand et son fils, le futur roi d'Espagne Philippe II. Ayant marqué de son empreinte le XVIe siècle, il se retire des affaires du monde dans un monastère espagnol ou il meurt le 21 septembre 1558 de la malaria, emportant avec lui son rêve…

Pour la petite histoire, l'empereur Charles Quint a failli être marié dans sa jeunesse à Renée de France, fille de louis XII et d’Anne de Bretagne. On se prend à rêver du destin de l’Europe si, au hasard d’un autre heureux héritage, Charles Quint avait ajouté, grâce à cette union, la France à sa collection de couronnes.

Bibliographie

- Charles Quint : L'Empire éphémère de Jean-Michel Sallmann, Payot 2004.

- Charles Quint de Philippe Erlanger. Tempus, 2004.