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4 mousquetairesQui dit d’Artagnan, pense aux Mousquetaires du Roi et la célèbre phrase « un pour tous, tous pour un ». Au départ, Alexandre Dumas immortalise les Trois Mousquetaires dans son roman de cape et d’épée. Se rajoute d’Artagnan, le dernier gascon qui devient le héros noble et chevaleresque. C’est en fin de compte une amitié entre ces hommes pourvus de loyauté et de courage. La légende est née grâce à Courtilz de Sandras et Alexandre Dumas ; sans eux « d’Artagnan n’aurait pas la même réalité ». Mais qui était le vrai d’Artagnan ?

 

La jeunesse de d’Artagnan

Charles Ogier de Batz de Castelmore, nait entre 1611 et 1615, dans la gentilhommière de Castelmore en Gascogne. Son père est de noblesse récente et sa mère Françoise de Montesquiou lui apporte le nom de d’Artagnan. Bien que la lignée des Montesquiou ait donné de grands capitaines, la famille n’est pas fortunée.

Charles, ses quatre frères et ses trois sœurs, vivent à la campagne, pratiquent la chasse et le maniement des armes comme la rapière. Ils ont aussi la chance d’avoir un précepteur.

Comme beaucoup de jeunes Cadets de Gascogne qui recherchent la gloire et la fortune, d’Artagnan monte à Paris vers 1630, accompagné d’un ou deux serviteurs de la famille, muni de lettres de recommandation et de beaucoup de conseils comme de « n’être jamais lâche, l’honneur d’un homme de guerre est le plus important »…à tel point qu’il se querelle souvent si un individu le « regarde de trop près ». Il entre vraiment chez les mousquetaires vers 1644, reconnait son ami François de Montlezun, seigneur de Besmaux qui deviendra gouverneur de la Bastille. Puis il intègre le régiment des gardes françaises comme capitaine dans la Maison du Roi avec l’aide de son protecteur et gascon le maréchal de Gramont.

D’Artagnan, agent de liaison et capitaine des gardes

dartagnanEn 1646, il est gentilhomme ordinaire auprès de Mazarin en tant qu’agent de liaison et de renseignements, surtout lors de la guerre avec l’Espagne, puis pendant la Fronde où il est agent secret faisant la liaison entre le cardinal et la régente. En récompense de ses bons services, il devient lieutenant du régiment des gardes et escorte le jeune Louis XIV lors de son sacre à Reims en juin 1654.

Blessé en juillet 1654 au siège de Stenay, récompensé par le jeune roi, il est nommé capitaine des gardes vers 1655/1656, puis capitaine et concierge de la volière des Tuileries. En 1657, la compagnie des Mousquetaires étant rétablie et comme le principal responsable (neveu de Mazarin) s’en désintéresse totalement, d’Artagnan est promu sous-lieutenant en mai 1658 avec réel exercice du commandement.

D’Artagnan, capitaine des Mousquetaires du Roi

En 1659, il peut enfin s’occuper de la Compagnie des Mousquetaires de 150 hommes. Le « capitaine » en est le Roi, le « sous-lieutenant » d’Artagnan qui fait office de lieutenant, aidé d’un porte-drapeau, d’un porte-étendard et de deux maréchaux des logis. Au départ, ils montent des chevaux blancs ; en 1665, ils deviennent les « Mousquetaires gris » ayant reçu des chevaux pommelés ; un peu plus tard, il y aura les « Mousquetaires noirs » avec des chevaux noirs. Munis d’un mousquet, d’une épée et de deux pistolets, ils portent avec panache la casaque d’azur à croix d’argent galonnée d’or. Les mousquetaires forment la « garde rapprochée » du Roi, d’Artagnan est au plus près du roi et devient un gentilhomme très en vue à la Cour, fréquentant Fouquet, Servien, Lionne grâce à ses protecteurs le maréchal de Gramont et son fils le comte de Guiche.

Lors d’un voyage à Lyon, d’Artagnan rencontre à Chalon sur Saône, la sœur du gouverneur de la ville Anne-Charlotte de Chanlecy, baronne de Sainte-Croix et veuve de 35 ans. Le contrat de mariage est signé par le maréchal de Gramont, paraphé par Louis XIV et Mazarin ; le mariage a lieu en avril 1659 à l’église Saint-André des Arts de Paris ; les jeunes mariés vont habiter face au Louvre, à l’angle de la rue du Bac et du quai Voltaire.

En 1660, d’Artagnan suit le roi pendant l’année entière suite au mariage à Saint-Jean-de-Luz avec l’infante Marie Thérèse. Ses autres importantes missions en province l’éloignent de son domicile : après la naissance de son premier fils en 1660 et le second en 1661, le couple se sépare et Madame retourne dans sa Bourgogne.

C’est un officier dévoué, fidèle, valeureux et « de toute confiance » qui plaît à Louis XIV. Le roi lui confie donc des missions délicates, comme l’arrestation de Fouquet en 1661, sa conduite au château d’Angers, son enfermement à la Bastille en 1663 et enfin son transfert en exil à Pignerol en 1664. D’Artagnan est enfin libéré de sa fonction de « gardien » et peut reprendre son rôle dans les armées. Grâce à son très bon comportement aux armées, il est promu capitaine des petits chiens courant le chevreuil.

Après la démission du duc de Nevers qui est lieutenant de la première Compagnie des Mousquetaires, d’Artagnan en devient le capitaine-lieutenant, nommé « haut et puissant seigneur, Messire Charles de Castelmore, comte d’Artagnan », malgré les nombreuses autres candidatures, le Roi souhaitant le récompenser. Cette charge est bien rémunérée et permet à d’Artagnan de mener grand train à la Cour.

Un vrai guerrier

Mousceteor uniformeLors de la guerre de Dévolution, ses faits de guerre sont nombreux : en 1667, aux côtés du roi, il s’illustre à Tournai, Douai et gagne le siège de Lille avec sa compagnie et quatre escadrons de cavalerie. En 1668, aux côtés du Grand Condé, il prend Besançon. Moins facile est la révolte du Vivarais où les paysans prennent Aubenas, égorgent les consuls et sèment la terreur. D’Artagnan réussit à calmer le jeu et vaincre les attroupements en juin 1670.  

En 1671, il part à nouveau en mission « de confiance » avec 100 mousquetaires pour conduire le comte de Lauzun à Pignerol. La Grande Mademoiselle dira de lui « il n’y avait rien à craindre de d’Artagnan, fort honnête homme, qui méritait bien l’estime et la confiance que le roi avait mises en lui ».

D’Artagnan, gouverneur de Lille

En 1672, il arbore une couronne comtale sur les armes des Batz de Castelmore, grâce à son nouveau poste de maréchal de camp. Mais au lieu de partir guerroyer, il est envoyé à Lille pour prendre le poste de gouverneur intérimaire en remplacement du maréchal d’Humières.

A Lille qui est « un des plus beaux gouvernements que le roi ait à donner », une des plus importantes et utiles places du Royaume, d’Artagnan doit faire régner la discipline dans les troupes, régler les querelles de préséance, calmer les officiers récalcitrants aux arrêts, empêcher les violations de frontières, gérer les attaques de gardes et faire face à la mort d’un contrôleur de bureau. L’autre part de ses attributions est plus plaisante : faire chanter des Te Deum à chaque victoire en Hollande.

Mais il doit « composer » avec des ingénieurs travaillant pour Vauban, n’admettant pas les reproches ni les commentaires de ce nouveau gouverneur, lorsqu’ils mettent à sec une rivière ou abattent des parties de remparts sans le prévenir. Le roi réprimande d’Artagnan qui demande une autre affectation. La situation s’envenime encore lorsque l’adjoint de Vauban ferme les portes de la ville et lorsqu’un déserteur de la garnison est condamné à mort : le tout sans prévenir le gouverneur. D’Artagnan se fâche et demande justice « pour usurpation d’autorité » au secrétaire d’Etat de la guerre, l’adjoint de Vauban porte plainte et Vauban lui-même donne sa démission ! Cela devient une affaire d’Etat ! Le roi conforte tout le monde dans chaque position « je ne peux confier la place à personne entre les mains de qui elle pût être en plus grande sûreté ».

La dernière grande bataille

siege de maastrichtAu retour du maréchal d’Humières qui reprend son poste de gouverneur de Lille, d’Artagnan reprend son service auprès du roi et participe à la guerre contre la Hollande, avec notamment la célèbre bataille de Maëstricht. En juin 1673, la ville est assiégée par 45 000 hommes sous la conduite de Vauban. Une partie du terrain est gagnée. Après l’attaque, les Hollandais contre-attaquent, l’emplacement est repris peu à peu avec un feu d’enfer et un sanglant corps à corps.

Mortellement blessé à la gorge, d’Artagnan succombe. Quatre de ses hommes se font blesser ou tuer pour ramener son corps. Quelques généraux disent «  c’est l’action la plus courageuse et la plus mouvementée qu’ils aient jamais vu de leur vie ».

Louis XIV fait dire un service funèbre dans sa tente ; il écrit à la Reine « Madame, j'ai perdu d'Artagnan, en qui j'avais toute confiance et qui m'était bon à tout » et évoque plusieurs jours encore après, les qualités d’honnêteté et de confiance de d’Artagnan. Un officier des mousquetaires a ces mots « on a de la peine à trouver meilleur français, meilleur des hommes, le plus intègre, le plus généreux, le plus fidèle, le plus cher des amis ; il était presque le seul qui eût trouvé le moyen de se faire aimer des gens en ne faisant pas des choses extrêmement obligeantes pour eux».

Le Roi n'oublie pas la famille de d'Artagnan. En 1674 il est le parrain de son fils aîné et la Reine sa marraine. Son fils, le Dauphin est le parrain du cadet et Mlle de Montpensier sa marraine. Les deux garçons deviendront officiers aux gardes françaises. L'aîné restera célibataire mais le cadet se mariera et aura une descendance qui subsiste encore de nos jours.

Les trois autres mousquetaires bien connus

Aramis, de son prénom Henri est d’origine noble, appartenant à une famille protestante béarnaise, dont le grand père s’est illustré pendant les guerres de religion à l’époque de Jeanne d’Albret, son père était maréchal des logis à la Compagnie des Mousquetaires, une de ses tantes a épousé Mr de Tréville, capitaine des mousquetaires. C’est ainsi que ce dernier reçoit en 1640 d’Artagnan arrivant à Paris.

Portos, de son vrai nom Isaac de Portau né à Pau en 1617, appartient aussi à une famille protestante du Béarn et voisin du père de d’Artagnan, son père était secrétaire du roi de Navarre. Comme Athos, Porthos entre à l’armée en tant que cadet dans les gardes françaises, recommandé par le beau-frère de Mr de Tréville. Il fait la connaissance de d'Artagnan en 1640.

Athos, de son vrai nom Armand de Sillègue d'Athos d'Autevielle, est né en 1615 en Béarn. Cadet de famille, « cousin à la mode de Bretagne » de Mr de Tréville, il entre aussi dans l’armée et intègre les mousquetaires en 1640. Les quatre officiers, devenus amis, vont devenir les Quatre Mousquetaires du Roi.

Pour aller plus loin

- Jean Christian Petitfils «  le véritable d’Artagnan » , Texto, 2010.

- « Mémoires de Mr d’Artagnan, capitaine lieutenant de la 1ère Compagnie des Mousquetaires du Roi » par Courtilz de Sandras. BF Editions, 2015.