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louisxv delatourL’avènement de Louis XV en 1715 provoqua espoir et enthousiasme dans tout le royaume de France. Le début de règne se présente sous les meilleurs auspices et le jeune roi reçoit le surnom de Bien-aimé. Quelques décennies plus tard, l’ambiance est bien différente. Perte du Canada, de la Louisiane et des Indes à la suite de la désastreuse guerre de Sept Ans, fêtes dis­pendieuses, influence de ses maîtresses, réformes trop timides ou trop tardives... les reproches sont légion. L’absolutisme royal est en crise et les germes de la Révolution française sont plantés.

 

Louis XV le Bien-Aimé

Né à Versailles le 15 février 1710, le futur Louis XV est l’arrière-petit-fils de Louis XIV et le fils du duc de Bourgogne. Devenu roi le 1er septembre 1715, il est installé aux Tuileries en 1716 pendant la régence de Philippe d’Orléans. Il est confié aux bons soins de Mme de Ventadour et du maréchal de Villeroy, ainsi qu’au cardinal de Fleury, auquel Louis doit son excellente instruction et un intérêt pour les sciences et les techniques, qu’il encouragera sous son règne.
louisxv rigaud 1715Louis XV devient majeur en 1723 l'année de la mort du duc d’Orléans. Marié à Marie Leszczynska, fille du roi de Pologne, en 1725, il abandonne longtemps la responsabilité des affaires au cardinal Fleury, son pré­cepteur. Cette période est la plus prospère du règne. Résistant à l’opposition du parlement de Paris et des jansénistes, Fleury s’efforce de restaurer l'équilibre des finances publiques, favorisant le développement de l’économie et le commerce colonial (traite atlantique, commerce triangulaire).

Pacifiste, il mène une politique de paix à l'extérieur. mais se laisse entraîner dans la guerre de la Succession de Pologne (1723-1738) pour soutenir le beau- père du roi, Stanislas Leszczynski. Le traité de Vienne (1738) met fin au conflit et le duché de Lorraine est légué à la France à la mort de Stanislas en 1766.

cardinal fleuryPuis, en 1740, éclate la guerre de la Succession d’Autriche, qui est marquée par l'inutile victoire de Fontenoy (1745) et qui se ter­mine en 1748 par la paix sans vainqueur d’Aix-la-Chapelle. On reprochera longtemps à Louis XV d’avoir “travaillé pour le roi de Prusse”, son allié et seul bénéficiaire du conflit.

La corégence Pompadour

La mort de Fleury en 1743 amène Louis XV à s'intéresser davantage à la conduite du royaume : il annonce son intention de gouverner personnellement et ne nomme pas de Premier ministre. D’une personnalité fragile et effacée, il subit rapidement l’influence de ses nombreuses favorites, en parti­culier celle de la duchesse de Châteauroux et de la marquise de Pompadour, d'origine bourgeoise. Cette dernière, belle, intelligente et cultivée est une femme de pouvoir, amie des encyclopédistes et habituée des salons du siècle des Lumières. Pendant près d’une vingtaine d’année, la Pompadour agit comme une véritable souveraine: elle fait et défait les ministres, conseille les ambassadeurs, renverse les alliances, correspond avec les militaires. Ses initiatives sont loins d’être heureuses et son influence auprès du roi se contente surtout à flatter les faiblesses du monarque.

marquise de pompadourLa France connaît alors une période de divisions internes, cau­sée par l’opposition du parlement à la politique fiscale du roi (qui veut faire payer les privilégiés pour procurer de nouveaux reve­nus à l’ État) et à sa politique religieuse. De plus, plusieurs minis­tres veulent éloigner Madame de Pompadour et éviter à la France de s’engager trop loin aux côtés de l’Autriche dans une nouvelle guerre européenne.

Symbole de l’impopularité grandissante du monarque, le roi est l’objet d'un attentat sans conséquence qui laisse le royaume dans l’indifférence. Le 5 février 1757, le fils d'une famille de fermiers ruinés, Robert François Damiens, voulant rappeler au roi ses devoirs envers ses sujets, donne un coup de canif à Louis XV. Condamné comme régicide, il subit un dur supplice : il a la main brûlée au plomb fondu et est écartelé place de Grève.

La Guerre de Sept Ans

Les rivalités coloniales entre la France et l’Angleterre sont tel­les que, en 1755, les Anglais arraisonnent plusieurs centaines de bateaux de commerce français et s’allient en 1756 à la Prusse de Frédéric II, alors que Louis XV signe la même année avec Marie- Thérèse d'Autriche le traité de Versailles. C’est le début de la guerre de Sept Ans qui va se dérouler sur deux fronts : dans le Saint Empire et outre-mer. En Allemagne, après l’invasion de la Saxe par Frédéric II et l’al­liance de la France et de l’Autriche avec la Russie et la Suède, les Prussiens sont chassés de Bohême, battus à Kloster Zeven, puis victorieux à Rossbach et à Leuthen (1757). Puis, en 1759, les Rus­ses écrasent l’armée prussienne à Kunersdorf et occupent Berlin en 1760. Mais l'avènement du tsar Pierre III amène la signature en 1762 d’une paix séparée entre la Russie et la Prusse.

bataille plaines abrahamQuébec" />La France s'enlise alors dans un conflit qui se déroule fort mal, d'autant plus que, sur le deuxième théâtre d’opérations, les trou­pes françaises essuient défaite sur défaite : après avoir repris Minorque envahie par les Français, la flotte anglaise coupe la France de ses colonies. Au Canada, Montcalm, qui perd la vallée du Saint-Laurent, puis Québec, est tué à la bataille d'Abraham (1759) ; Montréal capitule (1760). Aux Indes, Dupleix, gouverneur de Chandemagor, a consolidé auparavant les positions françaises auprès des princes locaux en échangeant une protection militaire contre des privilèges commerciaux accordés à la Compagnie des Indes. Il combat d'abord efficacement les Anglais, la flotte de La Bourdonnais réussissant à s'emparer de Madras en 1746 ; mais Dupleix est rappelé en 1754, et les troupes françaises commandées par Thomas Lally, baron de Tollendal, en difficulté, sont contraintes de capituler à Pondichéry (1762).

Enfin, alors que la France tente de s’appuyer sur l'Espa­gne, l'Angleterre occupe la Floride et Cuba. Il faut se résigner à trai­ter. Par le traité de Paris (février 1763), la France lais­se à l’Angleterre le Canada, une partie de la Louisiane et des Antilles, ses possessions au Sénégal, et dédommage l’Espagne en lui cédant le reste de la Louisiane. La France garde la Martinique, la Guadeloupe et Saint-Domingue, mais ne conserve aux Indes que cinq comptoirs sans défense (Pondichéry, Chandemagor, Karikal, Mahé et Yanaon). Les Anglais ont désormais les mains libres en Amérique et aux Indes, alors qu’en France les élites ne prennent pas conscience des conséquences à long terme de ces pertes catastrophiques.

Une fin de règne difficile

Après les morts successives de la marquise de Pompadour (1764) - qui sera remplacée par la comtesse du Barry -, du Dauphin (1765) et de la reine (1768), Louis XV, isolé, doit faire face à une double opposition : celle des classes privilégiées, hostiles aux réformes fis­cales, et celle des jansénistes, alliés aux parlementaires gallicans (pour une autonomie de l’Église de France par rapport à Rome), lut­tant contre le parti romain (catholiques qui revendiquent la soumis­sion totale de l’Église au pape) et dénonçant l’absolutisme royal.

duc de choiseulEn 1661, l’arrivée aux affaires de Choiseul, qui devait rester au pouvoir jusqu’en 1770, correspond à une relative embellie. Lié avec les philosophes, protecteur de l’Encyclopédie, assez bien considéré par les milieux parlementaires, Choiseul s’attacha à mener une série de réformes d’envergure, notamment au sein de la marine et de l’armée, et fit acheter la Corse par la France, même s’il ne sut pas empêcher le second partage de la Pologne.

Assez ambigu dans ses choix, Choiseul laissa cependant se développer la fronde contre le pouvoir royal et sa bienveillance à l’égard de parlementaires (il cautionna en 1767 le bannissement des jésuites du royaume de France) finit par accroître de façon démesurée l’arrogance de ce véritable contre-pouvoir. Lors du départ de Choiseul, congédié en 1770, en partie pour avoir déplu à la nouvelle maîtresse du roi, Mme du Barry, la crise parlementaire était plus que jamais d’actualité.

Le roi durcit alors sa position, appelant Maupeou, Terray et d'Aiguillon pour imposer une remise en état des finances, et mettre au pas les parlements (suppression de celui de Paris en 1771). Paral­lèlement, les idées libérales en matière économique conduisent à la liberté du commerce des « grains, farines et légumes dans toute l’étendue du royaume » (1763-1764), provoquant de véritables émeutes dans de nombreux villes et villages, à l’abolition du monopole de la Compagnie des Indes (créée par Law) et aux édits de Triage et de Clôture (1767-1771), favorisant la propriété agri­cole individuelle.

Louis XV n'aura pas réussi à réduire l’opposition intérieure, ni à réformer en profondeur les structures économiques, se heurtant à trop de privilèges et de situations acquises. La perte du premier empire colonial français sera bien peu compensée par la réunion de la Lorraine à la France et l'acquisition de la Corse

Les derniers jours de Louis XV

En ce mois d'avril 1774, Louis XV a 64 ans et se trouve à Trianon. En se levant le 27 avril, il a des douleurs dans la jambe, une forte migraine et des frissons. Le déjeuner lui est répugnant, il n'a de goût à rien. Même la partie de chasse ne l'enchante pas, il reste dans sa voiture et a très froid. Le duc de Cröy qui l'accompagne est inquiet en disant « le roi est malade ».

Son premier chirurgien Mr. de la Martinière, diagnostique une fièvre sérieuse et insiste pour que le roi regagne Versailles « Sire, c'est à Versailles qu'il faut être malade ». Faisant fi de l'avis de Mme du Barry, le chirurgien organise le transport : sous son manteau, en robe de chambre, le roi monte dans sa voiture. Son lit est fait à la hâte, un lit de camp est installé à côté. C'est là qu'il finira ses jours...

Le premier médecin et le premier chirurgien se consultent et décrètent un traitement avec application de mouches sur les tempes et administration d'opium. La nuit du roi est catastrophique. Le lendemain, les hommes de médecine le saignent, mais aucune amélioration n'est visible. Ils envisagent une seconde, voire une troisième saignée si besoin est. Louis XV sait ce que cela signifie : après la troisième saignée, il devra recevoir les derniers sacrements. Ces hommes de médecine sont impuissants, ne savent plus quel remède proposer et demandent l'aide de deux confrères : le médecin de Mme du Barry et un médecin renommé de Paris. Mais personne n'arrive à mettre un nom sur ce mal.

La petite vérole est déclarée

Medecin de Louis XV. Mr de la MartiniereDans la nuit du 28 au 29 avril, le visage du roi se couvre d'une éruption, ce sont les symptômes de la petite vérole. Le nom est prononcé ! Mr. de La Martinière ose déclarer « qu'il regardait le roi comme perdu ». La famille royale est priée de ne pas approcher et la rumeur court dans tout le château ; du domestique au courtisan, tout le monde est au courant.
Le roi est surpris « c'est la petite vérole, c'est étonnant ». Les médecins tentent de le rassurer en mentionnant que « cela ressemble à une rechute de la varicelle » que le roi a contracté il y a bien longtemps. En effet, il avait été atteint par cette maladie en 1728, mais de façon légère. Pourtant le monarque sait que la survie est quasi impossible car ses deux filles jumelles sont mortes de cette maladie.

A partir de ce moment, les trois dernières filles du roi se succèdent à son chevet le jour, la comtesse du Barry assure la nuit. L'état du roi se détériore et dès le 1er Mai, la comtesse commence à déménager ses beaux bijoux, ses papiers et ses plus belles choses ; elle sait que si le roi vient à disparaître, elle n'aura aucun protecteur. A la Cour et dans tout Paris, la prière des quarante heures débute. L'archevêque de Paris arrive pour confesser le roi, mais sans résultat : Louis XV ne s'y résout pas. Le 2 mai, le visage et le corps du souverain sont pleins de boutons à tel point que le duc de Cröy écrit « sa tête est rouge et grosse comme un boisseau de la masse de la petite vérole ». Le 3 mai, il y a une petite amélioration et dans un regain d'espoir, Louis XV veut s'occuper du sort de la comtesse. Il demande au duc d'Aiguillon secrétaire d'Etat, d'accueillir Mme du Barry dans sa maison de campagne à Rueil puis s'entretient une dernière fois avec elle « à présent que je suis au fait de mon état, je me dois à Dieu et à mon peuple. Ainsi, il faut que vous vous retiriez sur l'heure ». La comtesse, en pleurs, quitte définitivement Versailles.

Les derniers devoirs du roi

Le 4 mai, après la messe célébrée dans la chambre du roi, l'archevêque s'entretient avec lui. Le 5, son confesseur s'installe non loin de la chambre royale au cas où. Mais le roi n'arrive pas à se confesser, ses évanouissements et ses plaies l'empêchent d'avoir l'esprit clair pour cet acte ultime. Finalement, dans la nuit du 6 mai, il demande à l'abbé de venir, puis souhaite recevoir une dernière fois ses filles. A 7 heures du matin, il se fait administrer le Saint Sacrement. Seul le clergé est autorisé à approcher le malade, ses filles restent sur le seuil de la chambre, la dauphine dans la pièce voisine, le dauphin et ses deux autres petits-fils sont priés de s'installer au rez-de-chaussée du château.

Après s'être confessé, le roi se sent plus tranquille, accepte son sort avec calme et Mr. de la Martinière note même une légère amélioration. Mais le 8 mai, son état empire tout à coup, le roi délire, la gangrène se déclare, l'infection se généralise. Les serviteurs commencent à fuir. Le 9 mai, l'agonie est interminable, ses paupières sont fermées tant il y a de croutes, son visage est enflé et presque noir, le roi resté conscient, se demande combien de temps va durer son agonie. Il se souvient que l'agonie d'Henri II avait duré dix jours, celle de Louis XIII six semaines et celle de Louis XIV deux semaines !

Le Bien-aimé est mort

Versailles. chambre à coucher de Louis ..XVComme il est d'usage, dans la nuit du 9 au 10 mai, une chandelle allumée est placée au balcon de la chambre royale, elle sera soufflée dès le constat de la mort du roi. A 3 heures du matin, le roi ne voit plus rien. A midi, il est inconscient et seuls les ecclésiastiques prient autour de lui, plus personne d'autre n'est autorisé à rester, les membres de la Cour et du gouvernement stationnent au seuil de la chambre dont les portes sont grandes ouvertes, puisque la mort d'un souverain doit être publique.

Entre 15h15 et 15h30, le roi expire. La chandelle est soufflée. Selon le protocole, le chambellan coiffé d'un chapeau à plumes noires, apparait à la fenêtre et s'écrit « le roi est mort », puis changeant de couvre-chef pour un chapeau à plumes blanches, réapparait pour annoncer « vive le roi ». Comme toujours en pareille circonstance, les courtisans se ruent vers les appartements du nouveau souverain.

Des obsèques discrètes

Toujours selon l'usage, l'embaumement doit être pratiqué, le cœur momifié et porté dans une église de France. Mais devant l'état du corps, les hommes de médecine refusent : il n'y a pas d'embaumement et le cœur reste à sa place. Des ouvriers mettent en bière « ces restes pestiférés » comme l'écrit Mme de Campan, femme de chambre de Marie-Antoinette. Un seul abbé veille le mort, se tenant précautionneusement très éloigné et muni d'un mouchoir sous le nez, tant la puanteur règne dans la chambre. Aucune grande cérémonie n'est prévue, le cercueil quitte Versailles dans la nuit, escorté d'une quarantaine de gardes et pages, en direction de la basilique Saint Denis. Seul un officiel les accompagne, il s'agit du compagnon d'enfance de Louis XV, le prince Charles de Rohan-Soubise. Les obsèques ont lieu le 12 mai ; les Parisiens sont indifférents ; les provinciaux sont beaucoup plus tristes et organisent un grand nombre d'offices pour le repos de l'âme du roi.

Son petit-fils le duc de Berry lui succèdera sous le nom de Louis XVI.

Bibliographie

 Louis XV, biographie de Jean-Christian Petitfils Perrin, 2014.

Louis XV : Le Bien-Aimé, de Georges Bordonove. Pygmalion, 2013.