sans culotte RFIssus du petit peuple de Paris, les sans-culottes sont des patriotes radicaux qui militent en faveur d'une plus grande justice, d'une égalité des droits politiques et d'une répartition égale de la propriété. Les émeutiers parisiens de 1789 sont appelés des « sans-culottes » parce qu’ils portent le pantalon : sous l’Ancien Régime, la culotte était réservée aux nobles, la robe aux hommes du clergé et le pantalon aux hommes du tiers état. Ils portent le plus souvent un pantalon rayé des trois couleurs bleu, blanc et rouge et sont coiffés du bonnet phrygien. Leurs chansons préférées sont Ça Ira et la Carmagnole et les journalistes Jean-Paul Marat (l’Ami du peuple) et Jacques Hébert (Le Père Duchesne) sont leurs principaux porte-paroles.

 

Origine du nom sans-culotte

Les journalistes de la presse royaliste appellent les révolutionnaires « sans-culottes » car ils remplacent la culotte, marque de l’Ancien Régime à leurs yeux, par un pantalon de bure rayé. Le terme est ensuite adopté par les aristocrates sous la Convention. Il souligne la pauvreté, la bestialité et l’inculture des révolutionnaires et se veut offensant. Mais il est employé sur la base d’une opposition avec le terme aristocrate.

Dès lors, une identification entre les sans-culottes et le peuple s’opère dans les mentalités. Ainsi, les révolutionnaires s’enorgueillissent peu à peu de leur nom, qui devient un véritable titre de gloire dès 1792, quand les manifestants crient « Vive les sans-culottes ! » La dénomination renvoie alors à un type de citoyen : des patriotes radicaux issus du peuple, bons pères et bons époux, qui représentent bien la population parisienne. Ce ne sont donc pas des marginaux, comme certains l’affirment.

La sociologie des sans-culottes

sans culotte boillyIl semble peu évident d’étudier les sans-culottes car bon nombre d’archives et de document ont disparu. Les sans-culottes forment une catégorie sociopolitique spécifique. Géographiquement, on les retrouve dans un premier temps à Paris, puis, un même type de militants apparaît en province. Socialement, les sans-culottes sont issus du peuple. Ce sont des artisans, de petits négociants ou des ouvriers, voire des laboureurs en province. Ils travaillent dans la proto-industrie urbaine et militent dans les sociétés parisiennes. Ils ne cherchent pas à se distinguer par un quelconque talent oratoire, mais à rendre leur action efficace pour que leurs pairs jouissent de leur succès. Ils logent généralement dans les faubourgs de Paris, avec leur famille.

Par contre, les dirigeants révolutionnaires appartiennent à l’élite bourgeoise du centre de Paris. Sur le plan vestimentaire, les sans-culottes veulent se distinguer des aristocrates. En plus de leur pantalon, ils portent un bonnet rouge, une veste courte de drap, appelée « carmagnole », des sabots et la cocarde tricolore. Ils ont enfin des cheveux plats qui se distinguent des perruques portées par les nobles. Culturellement, ils adoptent le chant collectif de « La Carmagnole » ou de « l’Hymne des Marseillais ».

Leurs idées politiques

Sur le plan politique, les sans-culottes haïssent les aristocrates et le clergé. Leurs préoccupations s’avèrent essentiellement matérielles. Ils restent attentifs au prix du pain au marché car il détermine la valeur de leur salaire ou celle du prix de leur marchandise. Ils militent ensemble, sur la base d’une fraternité et d’une solidarité entre les différentes sections ou les différentes sociétés. Héritiers des idées de Rousseau, les sans-culottes réclament une répartition égale de la propriété et une réelle démocratie, avec l'égalité des droits politiques. Ils participent à toutes les grandes journées révolutionnaires de Paris. Ils sont dirigés dans un premier temps par les enragés, ultra-révolutionnaires menés par Jacques Roux. Après son suicide, ils sont conduits par les prtisans du journaliste Jacques René Hébert, qui veut propager le culte de la Raison et déchristianiser la société.

En mars 1794, les hébertistes sont condamnés par le Tribunal révolutionnaire et critiqués par des indulgents comme Danton. Leur exécution porte un coup aux sans-culottes qui perdent leur pouvoir politique après la chute de Robespierre en 1794. Après l’hiver meurtrier de 1794-1795, ils clament leurs revendications pour la dernière fois en avril et mai 1795 (germinal et prairial an III), avant d'être désarmés. Après 1795, le mouvement des sans-culottes disparaît.

Pour aller plus loin

Le Paris des sans-culottes, de Jacques Pauwel. Derlga, 2021.

L'Invention du sans-culotte: Regard sur le Paris révolutionnaire, d' Haim Burstin. Odile Jacob, 2005.