château forts en france pdt 52471Les châteaux-forts sont des monuments mémoriels attachés au Moyen Âge. L’image du château fort masque une réelle diversité géographique mais aussi les évolutions des constructions. Alors que le sujet semble connu, les recherches les plus récentes questionnent le « mythe ». L’exposition « Quoi de neuf au Moyen Âge ? » avait permis au grand public de se familiariser avec ce sujet. Le dernier numéro des Dossiers d’Archéologie permet de faire le point sur l’état actuel des connaissances et de dresser un panorama du sujet.

 

Châteaux forts en France : un nouveau regard

Ce nouveau numéro propose un vaste panorama sur les châteaux en France. Christian Rémy dans son article introductif évoque « les multiples facettes du château ». Le terme en effet recouvre des réalités très différentes et qui évoluent beaucoup au cours des longs siècles de la période. Patrice Conte et Sylvie Faravel présentent les châteaux sur motte qui sont très divers dans leur forme et ont pu être construits par la petite aristocratie comme de puissants seigneurs. Le numéro propose un focus sur l’un d’entre eux sur le site de Cabanac-et-Villagrains. « Les châteaux dans les falaises » sont l’objet d’une contribution de Florence Guillot qui replace ces édifices dans une chronologie longue du Moyen Âge central jusqu’à l’époque moderne.

château forts en france pdt 52471Le numéro propose à travers ses articles de retracer l’évolution de l’architecture fortifiée et met en avant deux moments privilégiés. Denis Ayot montre l’importance du règne de Philippe Auguste dans les innovations et la mise en place d’une nouvelle architecture fortifiée avec comme « modèle » un « château compact en dimensions, uniquement constitué d’une puissante enceinte maçonnée de plan carré, régulièrement flanquée de tours cylindriques percées d’archères, et éventuellement complétée d’une tour maîtresse cylindrique implantée sur le tracé de cette enceinte ». Le « modèle philippien » est le fruit d’une évolution progressive qui a bénéficié des innovations des chantiers princiers précédents. Pour autant ce modèle n’est pas exclusif au pouvoir royal et s’impose dans tout le royaume y compris les adversaires de la couronne. L’auteur préfère parler d’un modèle commun à l’échelle européenne dans lesquelles les particularités locales comme les archères en rames et le bossage dans le Bourbonnais. L’article suivant de Marie-Pierre Baudry d’ailleurs dresse les principales caractéristiques des fortifications Plantagenêt et ses originalités.

De l'ouvrage de défense à la demeure seigneuriale

Les derniers articles sont consacrés à l’architecture fortifiée du Bas Moyen Âge au début de l’époque moderne. Après un article sur Lallau sur les cuisines ducales de Coucy d’Étienne Lallau, Christian Corvisier fait le point sur l’émergence d’un nouveau modèle « gothique » de fortifications sous le règne de Charles V immortalisé dans les Très Riches Heures du duc de Berry. Les résidences seigneuriales angevines, les écuries du château des Cars et le château de Biron font l’objet d’articles qui permettent d’approfondir le sujet. Maxime Messner aborde dans sa contribution la question des canonnières, meurtrières et bouches à feu. Nicolas Faucherre conclue le dossier avec l’article « La fin du château fort » en montrant l’importance des évolutions militaires mais aussi la politique royale dans cette évolution tout en soulignant la parenthèse, qu’ont constituées les guerres de religion avec une « remise en défense brutale, associée à des guerres privées sans moyens et sans artillerie importante [entrainant] un retour aux vieilles formules féodales ».

Ce dossier est une synthèse réussie sur les thermes. La riche iconographie, toujours de très bonne qualité, agrémente et enrichit la lecture. La fin des Dossiers d'Archéologie est comme à l’accoutumée consacrée aux diverses actualités, un article sur une nouvelle proposition de datation de Lascaux qui rajeunit le site de 1000/1500 ans et un dernier sur l’exposition « Le Monde de Clovis. Itinéraires mérovingiens » actuellement au Musée royal de Mariemont avec les questionnements qu’elle pose. En somme, un bon numéro synthétique des Dossiers d'Archéologie.