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mussoliniLe 28 Avril 1945, Mussolini et sa maitresse Clara Petacci sont fusillés par des partisans italiens après avoir été capturés. Leurs dépouilles seront par la suite exposées à Milan, pendues par les pieds à une balustrade pour y être conspuées par la foule. Ainsi s’achevait la destinée d’un homme qui s’était rêvé le guide omnipotent d’un nouvel empire romain.

Du militant socialiste au dictateur faciste 

Benito Mussolini est né le 29 juillet 1883, dans une petite commune de Romagne. Son père, artisan et socialiste convaincu lui a donné le prénom du révolutionnaire mexicain Benito Juarez. Le jeune Benito se fait vite remarquer pour ses penchants violents, ce qui ne l’empêche pas d’entamer une carrière d’instituteur. Militant socialiste radical, ses opinions lui valent la suspicion des autorités italiennes. Il finit par fuir son pays pour la Suisse afin d’échapper au service militaire.

En exil, Benito Mussolini devient l’une des figures du Parti Socialiste Italien (PSI) et un journaliste politique reconnu. Revenu en Italie son ascension est rapide et en 1911 après sa campagne d’opposition à la guerre de Lybie, il est considéré comme le chef de l’aile maximaliste (révolutionnaire) du PSI. Réputé pour ses articles virulents, celui qui a tout d’abord dénoncé la guerre impérialiste (celle de 1914), s’engage par la suite pour le ralliement de l’Italie à la Triple Entente. Exclu du PSI en raison de son interventionnisme, il fonde son propre journal Il Popolo d’Italia puis part combattre sur le front des Alpes. 

Marche sur Rome 1922 MussoliniA son retour du front, Mussolini prend acte du danger d’une possible révolution bolchévique en Italie. Abandonnant ses anciennes convictions socialistes, il crée en 1919 les « Faisceaux italiens de combat », qui amalgame syndicalistes révolutionnaires et nationalistes déçus par les gains territoriaux de l’Italie. Se posant en recours contre l’agitation communiste, soutenus par les industriels, Mussolini et ses fascistes font régner la terreur contre leurs opposants marxistes. 

Après une série d’intimidations et de coups de force, Mussolini « Duce » (Chef) du PNF (Parti National Fasciste, créé en nombre 1921) s’empare du pouvoir, avec l’accord du Roi, fin octobre 1922 suite à la marche des chemises noires sur Rome. Dans les années qui vont suivre, et surtout à partir de 1925, le Duce va s’employer à faire de l’Italie un état totalitaire, guidé par les préceptes de l’idéologie Fasciste. Son objectif ultime outre que de créer une société d’hommes nouveaux et de hisser son pays au statut de grande puissance, par la force si besoin est. Pour réaliser cette ambition, il s'assure à minima de la neutralité du pape en signant avec le Vatican les accords du Latran de février 1929, qui règlent le statut du Saint Siège et établit un concordat en Italie.

L'Italie faciste à l'épreuve de la guerre 

Cette volonté, conjuguée aux effets de la crise de 1929, va le pousser à une politique extérieure belliqueuse, avec notamment l’invasion de l’Ethiopie en 1935-1936. Finalement rallié, après des réticences initiales, à l’Allemagne d’Hitler, il engage son pays le 10 juin 1940 dans la guerre contre les alliés. L’Italie fasciste, mal gérée, mal préparée pour une guerre industrielle totale va connaitre une longue suite de défaites, qui aboutiront à la chute du Fascisme en juillet 1943.

mussolini-balconL’année 1943 s’était ouverte sur de sombres perspectives pour le Duce et son régime. L’Italie engagée dans la guerre aux côté de l’Allemagne depuis juin 1940 a rapidement démontrée l’ampleur de son impréparation à un conflit industriel et moderne. En Grèce les Italiens n’ont du leur succès qu’à l’aide massive des allemands, l’Afrique Orientale Italienne (Somalie, Erythrée et Ethiopie) n’a pu être défendue au-delà de l’année 41 et la campagne d’Afrique du Nord, malgré l’appui d’un corps expéditionnaire germanique a finalement abouti à une longue retraite vers la Tunisie.

soldats italiens libyeLa Flotte Italienne (Regia Marina) si crainte avant guerre, s’est montrée incapable de faire face durablement à la Royal-Navy et a vu son corps de bataille décapité après le raid aéronaval de Tarente (novembre 1940). Mussolini qui pensait s’engager à l’été 1940 dans une guerre parallèle à celle du IIIe Reich, s’est vu finalement contraint à jouer les seconds rôles. Lui qui autrefois avait inspiré Hitler est désormais son débiteur, l’effort de guerre Italien ne pouvant se prolonger sans l’appui de Berlin.

Pour le Duce cette situation est outre une humiliation, une terrible désillusion. Contrairement à ses espérances, la guerre n’a pas accouché de l’Italien nouveau, débarrassé des vices de la société bourgeoise et matérialiste. La peuple Italien n’est pas enthousiaste pour cette guerre (même si ses soldats se battent bravement lorsqu’ils sont bien commandés) et subit de plein fouet les restrictions, comme les effets des bombardements. Le mécontentement qui en est la conséquence s’exprime désormais publiquement, comme lors des grandes grèves de février 1943.

La peur du retour de l’agitation ouvrière et les doutes quant aux orientations idéologiques du Fascisme (notamment l’alignement sur une Allemagne affaiblie et la politique raciale qui en découle) entraine peu à peu l’effritement du ciment du régime : l’alliance entre les élites conservatrices et le PNF (Parti National Fasciste). Bientôt les contestataires reportent leurs espoirs sur leur recours traditionnel, à savoir le Roi.

Le complot des conservateurs

Tout en entamant des coups de sonde secrets auprès des alliés, des caciques du régime tels que CIAno (ministre des affaires étrangères et gendre du Duce) ou le maréchal Badoglio envisagent sérieusement de renverser Mussolini. La capitulation des armées germano-italiennes en Tunisie en mai 1943, les convainc de l’urgence de la situation. En effet contrairement aux déclarations publiques du Duce, il est désormais évident que l’Italie elle-même est menacée par un débarquement allié.

comte_CianoCelui-ci se produit le 10 juillet (opération Husky). 160 000 hommes des VIIème armée Américaine (Patton)et VIIIème armée Britannique (Montgomery), prennent rapidement pied de par et d’autre du Cap Passero. Malgré des conditions atmosphériques difficiles et les errements des opérations aéroportées, ils parviennent à bousculer la défense de la VIème armée Italienne de Guzzoni pourtant soutenue par des unités allemandes d’élite (Parachutistes, division blindée Hermann Goering…). Le 16 Churchill et Roosevelt, appellent conjointement les Italiens à renverser le régime Fasciste. Alors qu’en Sicile la population (et la mafia) se révèlent d’une grande aide pour les alliés, sur le continent le ressentiment contre le Fascisme s’exprime dans la rue.

Mussolini qui a rencontré Hitler le 19 (entrevue de Feltre) se croit assuré du soutien de Berlin et pense pouvoir s’appuyer sur les tenants d’une ligne Fasciste dure (comme Scorza) pour se maintenir au pouvoir. Néanmoins affaibli par la maladie et fragile psychologiquement il n’est plus à même de percevoir l’ampleur des manigances de son gendre. Ce dernier à l’aide de ses alliés, a obtenu du Roi de renverser le Duce par un coup de force constitutionnel en tirant parti d’une réunion du Grand Conseil Fasciste prévue le 24. La colère de la foule romaine après un bombardement allié, a emporté les dernières hésitations de Victor Emmanuel III.

La chute de Mussolini

Le Conseil s’ouvre dans une atmosphère rendue détestable par les rumeurs de putsch. Mussolini pourtant alerté du complot qui se trame contre lui à préférer ne pas risquer l’épreuve de force. Le discours de deux heures qu’il prononce ce jour là n’a plus la force des longues diatribes d’antan. Lorsque Galeazzo CIAno et Grandi répliquent l’attaque en est d’autant plus violente. Accusé d’avoir trahi son pays et l’avoir entrainé aux côtés de l’Allemagne (l’ennemi de la guerre précédente, rappelons-le) dans une guerre sans espoir, Mussolini est sonné. Par dix-neuf voix contre sept la motion de ses adversaires l’emporte, après un vote vers 2 heures du matin le 25 Juillet. Le Roi a désormais entre les mains l’instrument légal qui lui permettra de destituer celui qui était son premier ministre depuis 21 ans…

25 juillet 1943. C’est un Benito Mussolini nerveux qui répond à la convocation du Roi d’Italie Victor Emmanuel III en se rendant à la villa Savoia. La séance du Grand Conseil Fasciste de la veille a amorcé ce que le Duce lui-même a qualifié de « crise du régime. » Néanmoins le maitre des destinées de l’Italie depuis 1922, pense encore pouvoir retourner la situation à son avantage. Quelle n’est pas sa surprise, lorsque le Roi en grand uniforme (alors qu’il a enjoint au dictateur de revêtir un costume civil) lui annonce qui il est destitué, remplacé à son poste de Premier Ministre par le maréchal Badoglio. Après à peine vingt minutes d’entretien, Mussolini est congédié puis arrêté par des carabiniers. Le régime Fasciste vient d’être renversé, sans un coup de feu…

Un second front en Europe, une Italie divisée…

pendaison mussoliniLa chute de Mussolini devait avoir des conséquences importantes sur le cours de la Seconde Guerre Mondiale. En effet elle ouvrit la voie à des négociations soutenues du gouvernement Badoglio avec les alliés afin le moment venu de quitter l’alliance allemande. Ce sera chose faite le 8 septembre 1943, au moment du débarquement des anglo-saxons dans le sud de la péninsule. Hitler contraint de s’investir lourdement en Italie pour défendre son flanc sud, décide ainsi de suspendre la participation du corps blindé SS à l’opération Citadelle à Koursk.

Pour l’Italie avec la libération de Mussolini par un commando allemand le 12 septembre, c’est le début d’une guerre civile d’un an et demi qui va ravager le nord du pays. La création de la République Sociale Italienne (dit régime de Salo) sera l’occasion pour les Fascistes durs de réaliser leur programme totalitaire, sans interférence monarchiques ou conservatrices. Quant au Duce, miné par la maladie, il savait d’avance perdue la partie qui se termina pour lui à Mezzegra fin avril 1945…

Bibliographie non exhaustive

• Pierre Milza, Mussolini, Fayard, 1999

• Serge Berstein et Pierre Milza, Le Fascisme italien, Seuil, Points Histoire, octobre 1998.

• Didier Musiedlak, Mussolini, Presses de Sciences Po, 2004, 436 pages.

Pour aller plus loin

Hitler - Mussolini - Staline, documentaire de H. Kasten Ullrich. Arte Video, 2010.