royaume bourgogne carte 561Durant le haut Moyen Age, plusieurs Etats sont connus sous le nom de royaume de Bourgogne. Au deuxième quart du VIe siècle, si les rois burgondes ont été définitivement vaincus par les Francs, le peuple burgonde lui n’a pas disparu. Ses lois et son aristocratie, alliée à la noblesse gallo-romaine survivent. Le regnum Burgondiæ, ne fait que passer sous l’égide mérovingienne où s’opposent neustriens et austrasiens. Au Xe siècle, le royaume de Bourgogne-Provence est partagé entre l'Empire et la Francie Occidentale, et la Bourgogne devient un duché.

  

Une douce transition

Gontran, roi d'Orléans et petit fils de Clovis, hérite du royaume burgonde et assure une stabilité sous son long règne (561-592). S’il s’agit d’un prince franc, l’aristocratie burgonde et gallo-romaine lui prêtent une fidélité durable qui ne connaît que de rares et exceptionnelles révoltes. En effet, établissant sa capitale dans le castrum de Chalon-sur-Saône, il maintient l’identité propre de ce royaume principalement au niveau religieux, réunissant des conciles d’évêques. Il établit également une mairie du palais de Bourgogne et fonde son sanctuaire : l’abbaye de Saint Marcel.

supplice_de_brunehautEn raison de la mort prématurée de ses héritiers, il prend pour successeur le roi d’Austrasie Childebert II. Après sa mort, c’est en son nom et celui de ses fils que la reine mère Brunehaut (ou Brunehilde) régente ces territoires – l’Austrasie et la Bourgogne – pendant une trentaine d’années. D’origine wisigothique dont le royaume d’Espagne est l’un des plus raffinés, elle hérite du modèle politique de l’Empire romain. Elle s’appuie sur l’aristocratie sénatoriale et les évêques dont principalement Syagrius de la ville d’Autun. Elle s’attache notamment à la restauration du réseau routier et des voies romaines. Elle réforme la fiscalité et la justice s’appuyant sur le droit romain. Cependant cette alliance étroite avec le monde antique n’est pas du goût d’une aristocratie franque exaspérée et sujette à la trahison.

Brunehaut et Frédégonde ou l’impitoyable faide

Le royaume de Bourgogne devient alors le théâtre des querelles entre Austrasiens et Neustriens. L’histoire retiendra principalement le noir combat de la reine Brunehaut contre sa rivale neustrienne Frédégonde entrainant une sanglante faide, c’est à dire un système de vengeance privée opposant deux familles ou deux clans dans les sociétés germaniques. C’est en effet le temps des complots, trahisons et assassinats mérovingiens. Frédégonde, concubine du roi de Neustrie Chilperic Ier, fait assassiner son épouse légitime vers 568, la reine Galswinthe, afin de prendre sa place. Cependant, cette dernière n’est autre que la sœur de Brunehaut réclamant vengeance.

Débute ainsi une guerre civile, Brunehaut poussant son époux, Sigebert Ier, roi d’Austrasie à reprendre les cités et domaines apportés par sa sœur en dot. Proche de la victoire, Sigebert meurt poignardé en 575 vraisemblablement par les émissaires de Frédégonde qui parallèlement enchaine dans son camp les assassinats envers toute personne susceptible de lui nuire. Le fils de Brunehaut, Childebert II, meure a priori à son instigation par empoisonnement en 595. Brunehaut entend alors exercer la régence au nom de ses petits fils sur l’Austrasie et la Bourgogne tout en continuant de livrer une guerre à la Neustrie.

martyre_st_legerNéanmoins, l’aristocratie austrasienne ne supporte plus la vieille reine. Son règne se termine tragiquement en 613. Elle est livrée au fils de Frédégonde (morte en 597), Clotaire II, et mise à mort sur les bords de la Vingeanne, non loin de Dijon, suppliciée et humiliée pendant trois jours puis attachée – notamment par les cheveux – à un cheval lancé au galop avant que ses restes ne soient brûlés.

Un royaume de Bourgogne disputé

Le royaume de Bourgogne est alors rattaché au royaume de Clotaire II, unique roi des Francs. Son fils, le roi Dagobert poursuit l’unification de l’ensemble des royaumes francs et intègre la Bourgogne qui connaît alors une période de calme, les contemporains retiendront de son voyage les confiscations, les exécutions des récalcitrants ainsi que la vacance de la mairie du palais de Bourgogne. Toutefois, à sa suite, l’autorité royale décline, c’est le temps des « rois fainéants ». La Bourgogne garde une certaine autonomie pour ne pas dire une certaine anarchie, l’aristocratie bien établie entend conserver son pouvoir et tenir à l’écart les représentants royaux en dépit des tentatives de contraintes à l’obéissance de la part des rois francs.

Parallèlement, les maires du palais de Neustrie et d’Austrasie livrent toujours une lutte féroce entre eux et le territoire du regnum Burgondiæ se trouve au cœur de la rivalité entre les Herstal d’Austrasie et Ebroïn de Neustrie. Ce dernier, cherchant au cours de la seconde moitié du VIIe siècle à intégrer la Bourgogne, se heurte à l’évêque saint Léger d’Autun de tradition gallo-romaine. Ce dernier est exécuté en 678 alors que l’éternel antagoniste entre Neustrie et Austrasie demeure. Le dénouement final a lieu en 687, à la bataille de Tertry où le camp neustrien est mis en déroute par Pépin de Herstal. La Bourgogne passe ainsi sous son influence et celle de ses successeurs, Charles Martel et Pépin le Bref. L’ère carolingienne s’ouvre sur ce royaume.

Le monachisme dans la Bourgogne mérovingienne

Un nouvel élément religieux apparaît en Bourgogne à partir du Ve siècle, il s’agit du monachisme. En effet, l’époque mérovingienne correspond à une période de développement du monachisme sur cette « terre des moines » par excellence qui verra naître Cluny, Molesme et Citeaux. Si le premier monastère fondé apparaît être celui de Réôme datant du Ve siècle, entre le VIe et le VIIIe siècle, un véritable maillage monastique va s’établir à commencer par Saint Marcel fondé par le roi Gontran. Viens ensuite l’abbaye Saint Bénigne de Dijon.

A cette époque, la capitale des ducs de Bourgogne n’est qu’une petite agglomération ancrée dans un castrum. Un culte populaire se développe autour de la sépulture d’un saint faisant des miracles. L’évêque de Langres, Grégoire décide d’interdire ce mystérieux culte qu’il voit comme une forme de paganisme. La légende raconte alors que le saint intervint en songe auprès de l’évêque qui décida alors de bâtir un sanctuaire du nom de saint Maurice Bénigne, la mystérieuse tombe n’ayant pas de nom.

monastere_st_benigneA la fin du VIe siècle, c’est la reine Brunehaut qui fonde le monastère saint Martin à Autun. A l’extrême Nord de la Bourgogne, à Sens nait le monastère Saint Pierre le Vif, Clotaire II fonde celui de Sainte Colombe. Plus au centre, les maires du palais fondent Saint Pierre de Bèze. Enfin, le dernier grand monastère est celui de Flavigny qui apparaît vers 720, fondé par un grand propriétaire terrien, Guiré, et qui accueille un prestigieux scriptorium conservant de précieux écrits de tradition romaines comme le Missale gallicanum aujourd’hui conservé au Vatican, ou encore les Formules flaviniacenses, recueil de formules juridiques.

A l’aube de la Bourgogne carolingienne

Malgré les guerres et les incessantes luttes de pouvoir, le royaume de Bourgogne aspire également à être une terre de paix comme en témoigne les nombreuses fondations de monastères. Ce royaume inspire également à conserver ses traditions. Etonnamment, la Bourgogne demeure avec l’Aquitaine l’une des régions mérovingiennes les plus romanisées. L’aristocratie cherche à garder ses lois et ses coutumes tout comme son indépendance, une indépendance toutefois grandement remise en cause sous les Carolingiens.

Des Burgondes aux Mérovingiens, la Bourgogne n'avait cessé d'être un royaume. Pour autant, l'époque carolingienne sonne son glas avec son annexion à l'Austrasie par Charles Martel. Le regnum Burgundiae disparait alors de la terminologie officielle et se voit démembré. Cependant, le partage de Verdun de 843 amène un éclatement de l'Empire carolingien et de nouvelles Bourgogne apparaissent, entités politiques distinctes et confuses témoignant de l'histoire chaotique d'un territoire en formation débouchant sur la création du duché de Bourgogne.

La Bourgogne entre union et éclatement de l'Empire carolingien

Sous les Mérovingiens, la Bourgogne avait conservé une forme originale, royaume indépendant cible des convoitises et des querelles de succession. Dans les premiers temps de l'ordre carolingien, la Bourgogne n'est plus qu'un territoire comme un autre, faisant partie du royaume des Francs et divisé en pagi, chaque pagus étant placé sous l'autorité d'un comte. Certains pagi sont construits selon les anciennes circonscriptions romaines, les civitates, d'autres présentent un découpage plus fragmenté.

Dijon devient un chef-lieu d'un pagus, la future capitale des ducs n'est plus qu'un simple castrum et a pour rivale Beaune. Mais la Bourgogne n'en reste pas moins un grand territoire comprenant les actuelles régions de Bourgogne et de Franche-Comté, la vallée du Rhône et la Provence sans oublier les Alpes et une partie de la Suisse. Elle regroupe ainsi des disparités à la fois géographiques, humaines et linguistiques qui ne feront qu'amplifier les divisions et les mutations issues du partage de Verdun de 843.

En effet, l'unification de l'Empire carolingien par Charlemagne apparut dès son successeur, Louis le Pieux, comme une construction des plus fragiles. La crise commence dès les années 830 avec des querelles de successions et des guerres fratricides aboutissant à un partage artificiel de l'Empire en trois en 843. La Bourgogne est alors découpée entre Charles le Chauve et Lothaire, mais d'autres divisions sont à venir. La mort de Lothaire en 855 amène un nouvel éclatement entre ses trois fils. Si Louis II possède l'Italie, Lothaire II et Charles héritent chacun d'une partie de la Bourgogne à nouveau arbitrairement morcelée.

En outre, différents mouvements séparatistes remettent en question l'autorité de ces souverains francs. Louis le Germanique doit faire face aux rébellions des Saxons et des Slaves, Charles le Chauve doit faire face aux Aquitains et aux Catalans, sans oublier les Bretons qu'il ne peut défaire qui proclament une monarchie. Mais la Bretagne n'est pas le seul royaume dissident et d'autres apparaissent sur les restes de l'ancien territoire Burgonde.

De Boson, roi de Bourgogne-Provence à Rodolphe, roi de Bourgogne Transjurane

Le roi Boson et saint ÉtienneLa mort de Charles le Chauve en 877 précipite tout espoir de restauration de l'autorité carolingienne dans le royaume de Francia occidentalis. Son successeur n'est qu'une marionnette malade décédant prématurément en 879 et donnant ainsi l'occasion à un haut-fonctionnaire franc de devenir l'homme fort de la Bourgogne méridionale. Fort de son ambition et de ses succès militaires en Provence, Boson attire l'attention de la papauté en piteux état. En 878, le pape jean VIII se rend à Arles pour lui demander de l'aide contre les Sarrasins.

Boson n'hésite pas et se sert de l'occasion pour apparaitre comme un nouveau Charles Martel. Puis, niant les droits de la dynastie carolingienne, il se fait proclamer roi de toute la Bourgogne. Il gouverne ainsi un territoire proche de celui des rois burgondes – du sud de la Bourgogne aux vallées alpines et à la Provence – tout en reprenant leur titre antique de patrice. Cependant, il ne s'agit que d'un fragile édifice qui s'écroule dès la mort de Boson en 887 face à une coalition carolingienne, chaque province éphémèrement unifiée, cherchant ensuite à reprendre son autonomie.

Si à la mort de Boson, son fils Louis l'Aveugle récupère la Provence, les Francs carolingiens récupèrent la partie du nord-ouest qui allait devenir le duché de Bourgogne. Quant à la partie orientale de la Bourgogne, désignée sous le terme de Bourgogne Transjurane et ancrée dans les Alpes, elle passe à la famille germanique des Welf. Un certain Rodolphe se fait ainsi proclamer roi à Saint Maurice d'Agaune en 888, cité où un roi burgonde avait fait édifier une abbaye. Il règne ainsi sur les territoires actuels du Jura, de la Suisse romane et d'une partie de la Savoie.

Son successeur Rodolphe II récupère par la suite le royaume de Provence provenant des successeurs de Boson et reforme à nouveau un territoire très proche de l'ancien regnum Burgundiae. Toutefois, la dynastie des Rodolphiens est peu puissante face à l'aristocratie locale et disparait sans postérité avec Rodolphe III, décédé sans héritier. Son royaume est récupéré par son neveu, l'Empereur Conrad II et restera terre impériale tout au long du Moyen Âge. Le terme de Bourgogne disparait alors sauf pour mentionner la Bourgogne cisjurane, soit l'actuelle Franche-Comté.

Richard le Justicier, des vagues normandes à la construction du duché

Représentation de VikingsSi la majorité du regnum Burgundiae entre dans l'Empire germanique à la fin de la dynastie rodolphienne, le roi carolingien de Francia occidentalis avait cependant conservé des territoires au nord et sur la rive gauche de la Saône qui allaient devenir le duché de Bourgogne. Cependant, cette zone géographique se voie confrontée à partir des années 887-888 au péril normand. En effet, si les hordes hongroises tout comme celles sarrasines apparaissent être une pure légende historiographique, les envahisseurs scandinaves représentent un réel danger sur cette terre riche en sanctuaires et abbayes, proies faciles.

Face à ces invasions et pillages, le roi confie le commandement militaire à un certain Richard, comte d'Autun, n'étant nul autre que le frère de Boson. Il est alors le seul à mener une action efficace à partir de 890 contre les normands remontant la Seine, l'Yonne et l'Aube pour frapper la Bourgogne. Mentionné au départ comme « marquis » puis comme « duc », Richard surnommé « le Justicier » unifie par son action militaire les comtés d'Autun, de Nevers, d'Auxerre, d'Avallon et de Sens, tout en établissant son autorité notamment aux comtes de Troyes, Chalon et Beaune.

Il renforce également son autorité en manœuvrant politiquement dans les querelles de successions carolingiennes où se mêlent les Robertiens (dont sera issu Hugues Capet). Cela lui permet d'accroitre et ses possessions et son autorité car Richard avait compris que diriger un grand Etat n'est pas faisable et qu'il vaut mieux s'appuyer sur une solide construction locale de comtés fédérés sous son autorité. Le duché de Bourgogne était en train de naître.

Raoul de FranceÀ la mort de Richard en 921, son fils Raoul poursuit son œuvre de consolidation, mais il n'est duc que pendant deux ans, devenant ensuite roi de France – Francia occidentalis faudrait-il encore dire – et laissant le duché à son frère cadet Hugues le Noir. Ce dernier se retrouve confronté au Robertien Hugues le Grand, père d'Hugues Capet et qui se voit accorder le titre de duc de Bourgogne par le faible roi Louis IV d'Outre-Mer. Le Robertien s'empare de Troyes, Sens, Langres, Auxerre et Dijon tandis qu'Hugues le Noir conserve le sud de la Bourgogne. C'est le début de l'emprise capétienne sur un duché de Bourgogne alors proche d'achever sa construction et de devenir une puissante principauté au sein du royaume de France. 

Bibliographie

- Jean-Pierre Leguay, L'Europe carolingienne, VIIIe-Xe siècles, Éditions Belin, 2002.

L'an 888. Le Royaume de Bourgogne: Une puissance européenne au bord du Léman, de François Demotz. PPUR, 2012.

- Jean Richard (dir.), Histoire de la Bourgogne, Éditions Privat, 1988.