talleyrand portrait 1Charles Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838) est un diplomate et homme d'État français. Évêque d'Autun (1788), député aux États généraux et à l’Assemblée constituante (1789), il est ensuite ministre des Relations extérieures du Directoire, puis du Consulat et de l'Empire (1797-1807) ; il inspire notamment le traité de Lunéville (1801), le Concordat (1801), la paix d'Amiens (1802) et le traité de Presbourg (1805). Grand chambellan d'Empire et prince de Bénévent, il quitte les Affaires étrangères parce qu'il est opposé à la rupture avec l'Autriche. Vice-Grand Électeur, il est disgracié en 1809. Chef du gouvernement provisoire le 1er avril 1814, il est ministre des Affaires étrangères sous la première Restauration et joue un rôle essentiel au congrès de Vienne (1814-15).

 

Enfance et premiers pas en politique de Talleyrand

Fils d’un officier supérieur, l’enfant, placé en nourrice dès ses premiers jours, est victime, alors qu’il n’a que quelques mois, d’un accident qui le rend infirme, lui laissant un pied bot. Dès lors, Charles Maurice n’est plus considéré par ses parents comme l’aîné de la famille mais comme un cadet, destiné à l’état ecclésiastique.

Le 1er avril 1775, malgré sa fréquentation assidue des tripots et lieux de plaisir, ses maîtresses, le goût qu’il a pour la lecture des récits de voyage, des philosophes, de l’histoire des révolutions, Charles Maurice de Talleyrand-Périgord prononce ses vœux en l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Grâce à sa haute naissance, le jeune homme est doté par Louis XVI, le 24 septembre 1775, de la riche abbaye de Saint-Remi de Reims. Ordonné prêtre en décembre 1779, agent général du clergé de France, il néglige les affaires de l’Église. L’argent, les femmes et le jeu sont ses principaux sujets d’intérêt. Franc-maçon, l’affiliation est à la mode, Talleyrand fréquente les salons parisiens et, particulièrement, celui de la comtesse de Flahaut. Leur liaison durera de 1783 à 1792, la Révolution les séparent. Un enfant est né de sa liaison avec la comtesse, Charles de Flahaut.

De plus en plus, Charles Maurice s’intéresse à la politique. Il souhaite devenir évêque, cela se révèle difficile. En 1788 enfin, son père obtient pour lui de Louis XVI le siège d’Autun. Son diocèse ne l’intéresse guère, mais il lui donne la possibilité de briguer un siège aux Etats généraux. Le 2 avril 1789, le nouveau prélat est élu triomphalement député du clergé aux États généraux.

Acquis depuis longtemps aux idées nouvelles, Talleyrand se lie avec Mirabeau ; il restera son ami jusqu’à la mort du tribun. En octobre 1789, à l’indignation des autres prélats, il préconise la mise à disposition de la nation des biens du clergé, pour combler le déficit des finances. Pour la première fois, mais ce n’est pas la dernière, Talleyrand est considéré comme un traître. A l’Assemblée, où il siège à gauche, l’évêque d’Autun est donc un orateur écouté, mais n’apparaît pas comme le chef d’une des fractions de la Constituante.

L’évêque d’Autun, qui fait partie des rares prélats à avoir accepté la Constitution civile du clergé, le 28 décembre 1790, démissionne dès le mois de janvier de son siège épisco-pal. Ce qui ne l’empêche pas de sacrer trois évêques constitutionnels le 24 février, puis celui de Paris un mois plus tard. Condamné peu après par le pape, il rompt avec l’Église.

Une carrière de diplomate

Sous la Législative, Talleyrand aborde la diplomatie. Soupçonné, après le 10 Août 1792, d’entretenir des relations avec le roi, il décide de s’installer en Angleterre. Le diplomate passe aux États-Unis, où il demeure de 1794 à 1796, date à laquelle il regagne la France. La protection de Barras lui a permis de se faire rayer de la liste des émigrés. Nommé en juillet 1797 ministre des Relations extérieures, Talleyrand devient un des personnages en vue de la capitale. Abandonnant son portefeuille, et le Directoire, en juillet 1799, il se rapproche de Bonaparte, soutenant le jeune général dans la préparation et l’exécution du coup d’État de Brumaire.

talleyrand bureauCe courtisan-né, aux manières affables et aux évidentes qualités de diplomate, séduit Bonaparte qui oublie les diverses malversations dont il a été accusé. Aussi, dès novembre 1799, Talleyrand retrouve son poste aux Relations extérieures. A l’intérieur, le ministre préconise l’apaisement avec les catholiques et les royalistes ; à l’extérieur, il cherche le moyen d’établir une paix durable et négocie à Lunéville, en 1801, puis à Amiens, en 1802.

Grand chambellan en 1804, prince de Bénévent en 1806, il négocie les traités de Presbourg et de Tilsit, mais se détache peu à peu de l’Empereur : peu favorable à la guerre et à la politique de conquête, il se montre plutôt partisan d’un équilibre européen, préconise l’alliance avec l’Autriche, puis avec l’Angleterre. Peu après la signature du traité de Tilsit, en 1807, Talleyrand abandonne son portefeuille. Quelque temps plus tard, l’Empereur le nomme Vice-Grand électeur. Resté aux côtés de Napoléon comme conseiller, le prince de Bénévent désapprouve l’expédition d’Espagne. Revenu à Paris, il se rapproche de Fouché, tombé en disgrâce, et complote avec lui contre l’Empereur. Furieux, ce dernier le disgracie à son tour en janvier 1809, le privant de sa charge de grand chambellan.

Talleyrand, artisan de la Restauration

En 1814, lorsque le sort des armes tourne contre Napoléon, Talleyrand négocie autant qu’il le peut avec les souverains alliés. Réunissant une soixantaine de sénateurs, il leur fait nommer un gouvernement provisoire, dont il prend bien sûr la tête. Le 2 avril, l’ancien grand chambellan fait proclamer par le Sénat la déchéance de Napoléon et de sa famille. Pendant que l’Empereur réunit une dernière fois ses maréchaux à Fontainebleau, son ancien ministre prépare activement le retour des Bourbons. Louis XVIII ne peut faire moins que de lui rendre le portefeuille des Affaires étrangères, le 13 mai. Au mois de septembre, il part représenter la France au congrès de Vienne, nanti d’instructions de Louis XVIII qu’il a lui-même rédigées. A Vienne, il parvient à disloquer l’alliance des anciens ennemis de la France. Quelques mois plus tard, l’aventure des Cent-Jours jette à bas ce travail savamment exécuté. Les alliés forment contre la France une nouvelle coalition.

Nommé président du Conseil lors de la Seconde Restauration, Talleyrand s’écarte assez rapidement du roi, qui ne l’aime guère, tandis que les ultras et, à l’extérieur, le tsar le détestent. Il démissionne dès le mois de septembre, nanti du titre de grand chambellan. Dans les années qui suivent, l’activité de l'homme aux six visages des caricaturistes se limite à la Chambre des pairs. Passé à l'opposition, il défend la liberté de la presse, condamne l’expédition d’Espagne de 1823, se lie avec Thiers et Royer Collard.

Depuis longtemps en relation avec le duc d’Orléans, il favorise son arrivée sur le trône en 1830. Dès le mois de septembre, Louis-Philippe le nomme ambassadeur à Londres, poste de première importance. Là, pendant cinq ans, Talleyrand travaille au rapprochement franco-anglais. En novembre 1834, le vieux diplomate demande son rappel. Dès lors, il ne participera plus aux affaires publiques et meurt à Paris le 17 mai 1838. Surnommpé le « Diable boiteux » à cause de ses nombreux revirements, Talleyrand a suscité de nombreuses biographies, de pièces de théâtre et même de films (Le Souper, 1992), et a écrit des mémoires qui sont un véritable modèle du genre. Dans la lignée d'un Richelieu, il reste un des hommes d'État les plus complexes et les plus énigmatiques de l'histoire de France.

Bibliographie

Talleyrand, le prince immobile, d' Emmanuel de Waresquiel. Texto, 2019.

Talleyrand, biographie de Georges Bordonove. Pygmalion, 2007.

Mémoires et correspondances, de Charles-Maurice de Talleyrand. Robert laffont, 2007.