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muguet 1er mai 1936Le 1er mai n’est pas seulement l’occasion d’offrir un brin de muguet porte bonheur, c’est surtout un jour ou on célèbre la fête du travail, en France et dans le monde. Férié dans la plupart des pays, on connaît souvent mal ses origines, faites de revendications sociales et d’affrontements parfois violents. De nos jours, cette journée internationale des travailleurs est essentiellement animée par des défilés syndicaux.

 

Les origines de la fête du travail

Au début du XIXe siècle, l’économie est en pleine croissance, dopée par l’industrialisation et les progrès techniques. En contrepartie, les conditions de travail sont particulièrement inhumaines et déplorables. Hommes, femmes et enfants travaillent parfois jusqu’à 17 heures par jour dans les ateliers et usines, sept jours sur sept, pour un salaire misérable. Quelques philanthropes s’en émeuvent et des idées de progrès social se répandent. En 1841, l’interdiction de travail des enfants passe de 8 à 13 ans et en 1864, la grève est légalisée en France, sauf pour les fonctionnaires.

C’est aux Etats-unis que le Ier mai trouve ses racines. En 1886, les syndicats américains, dont les célèbres Knigths of Labor (Chevaliers du Travail), se sont ralliés à un mot d’ordre de grève générale pour obtenir la journée de travail de huit heures. La date du Ier mai a été retenue car c’est le « moving day», jour où, en Amérique, on renouvelle les baux de location et les contrats de travail. C’était, pour la population laborieuse, une grande aspiration. Près de 350 000 grévistes cessèrent le travail dans un enthousiasme général.

HaymarketRiot HarpersÀ Chicago, où la tension sociale était particulière­ment exacerbée, la grève ne s’arrêta pas. Des heurts violents opposèrent manifestants et forces de police à Haymarket Square. Des coups de feu furent échangés : on dénombra six manifestants tués et cinquante bles­sés. Le lendemain, une vive émotion envahit la ville. Un meeting réunit plus de 15 000 mani­festants. Au moment de la dispersion, la police intervient. Une bombe éclate : deux policiers sont tués. C’est le début d’un terrible massacre dont on ignore exactement le nombre de victimes. Après une parodie de procès, six militants furent condamnés à mort. Les pendus de Chicago devinrent de véritables martyrs de la cause ouvrière.

Le Congrès international socialiste, réuni le 21 juillet 1889 à l'occasion du centenaire de la Révolution française, prit la résolution de faire du 1er Mai une journée internationale de revendications sociales. Sa déclaration est solennelle : « Il sera organisé une grande manifestation internatio­nale, de manière que dans tous les pays et toutes les villes à la fois, le même jour, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de rédui­re légalement à huit heures la journée de travail et d’appliquer les autres résolutions du congrès de Paris. Attendu qu’une semblable manifestation a été décidée pour le 1er mai 1890 par l’ « American Fédération of Labor », cette date est adoptée pour la manifestation internationale.

Le 1er mai en France

En France, le 1er Mai 1890 ne remporte pas le succès escompté par les organi­sateurs. L’année suivante, le massacre de Fourmies reproduit à l'identique les évènements dramatiques de Chicago. Dans cette petite cité ouvrière du Nord, des incidents éclatent entre grévistes et non-grévistes. La troupe charge les manifestants. Sur la place de l’hôtel de ville gisent neuf morts et une trentaine de blessés graves. Dès lors, la manifestation du Ier Mai est devenue une tradition ouvrière internationale générant la plupart du temps des affron­tements violents.

Cette pression populaire aboutit pourtant à des résultats : en France, la loi sur le repos hebdomadaire est votée en 1906 ; celle de la journée de huit heures en 1919. La grève géné­rale du 1er Mai 1936 salue la vic­toire du Front populaire. Elle pré­cède un grand mouvement de grèves qui aboutit à l’obtention de la semaine des 40 heures et à l’instauration des «congés payés ».

manif fete du travailAvec, l’arrivée du maré­chal Pétain au pouvoir, le Ier mai, coïncidant avec la Saint-Philippe, sera remis à l’honneur en 1941. Il béné­ficiera d’une existence légale mais le sens pro­fond de la journée sera profondément transformé par le régime de Vichy. En 1947, la fête du 1er mai devint une fête légale, et un jour chômé et payé. Ce jour est célébré aujourd'hui dans la plupart des pays industriels, sauf aux Etats-Unis. où la fête du Travail est célébrée le premier lundi de septembre. Les défilés, plus ou moins unitaires selon les années, sont l’occasion pour les manifestants du 1er mai de rappeler leurs revendications priori­taires et de se situer par rapport à la politique gou­vernementale, dans une ambiance de « 14 Juillet du travail ».

De nos jours, cependant, cette journée n’est plus l’occasion privilégiée d’exposer ses revendications, même si c’est, encore une occasion de s’exprimer. Souvent, la fête des travailleurs est deve­nue la fête tout court. Le 1er mai est un jour de congé sup­plémentaire qui s’ajoute aux autres jours fériés et ponts du mois de mai, loin des luttes et revendications qui ont présidées à son institution.

Bibliographie

La part du rêve : Histoire du 1er Mai en France, de Danielle Tartakowsky. Hachette 2005.

Jours de fête : Fêtes légales et jours fériés dans la France contemporaine, de Jacqueline Lalouette. Tallandier 2010.