siege paris vikings23 Novembre 885. Sept cents navires vikings parviennent sous les murs de la ville de Paris. Le chef danois Sigfriđr les mène. Il souhaite pour ses hommes et lui, le libre passage des ponts et la possibilité de se diriger vers les terres de Bourgogne, afin d'y hiverner. Le comte de la ville Eudes mène la résistance de la ville et, durant plus d'une année, il va tenir tête aux assiégeants vikings. Lorsqu'en 888, l'empereur carolingien Charles le Gros est destitué, Eudes est choisi par les grands seigneurs de Francie Occidentale pour devenir le roi. Il est couronné le 29 février 888, à Compiègne, par Gautier, archevêque de Sens. Le 1er juin 987, son arrière-petit-neveu Hugues Capet est sacré roi de France.

 

Paris au IXe siècle et le comte Eudes

La ville de Paris, à l'issue des grandes invasions, s'est recentrée sur l'île de la Cité, la seule alors habitée. Elle est protégée d'une muraille élevée au IVe siècle. Dans la partie occidentale de l'île s'élève le palais comtal. Dans sa partie orientale se dressent les bâtiments du quartier épiscopal, la monumentale basilique-cathédrale Saint-Etienne, le baptistère Saint-Jean-le-Rond, situé près du chevet de la basilique, et la demeure de l'évêque. L'île est coupée, du nord au sud, par le cardo ; deux ponts de bois, défendus par des ouvrages fortifiés, la relient à chacune des rives de la Seine, le Petit Pont à la rive gauche, le Grand Pont à la rive droite.

Un troisième pont plus fortement fortifié, dédié à barrer le cours de la Seine aux Vikings, a été édifié, côté rive droite. Les deux rives de la Seine sont très agricoles avec des champs de céréales, des bois et des vignes. Dans l'île comme sur les rives, de nombreux édifices religieux sont implantés. Les habitations, par ailleurs, s'élèvent au milieu de parcelles cultivées ; certaines sont en pierre, mais la plupart demeurent en bois et torchis.

mort de robert le fortGauzlin est évêque de Paris depuis 884 ; cette charge le rend responsable de la défense de la ville. Né aux alentours de 834, il est le fils de Rorgon Ier, comte du Maine. Comme d'autres évêques de son temps, c'est un aristocrate qui n'hésite pas, si nécessaire, à combattre. Par ailleurs, il est abbé de nombreux monastères : Saint-Maur-de-Glanfeuil, Jumièges, Saint-Amand, Saint-Germain-des-Prés et Saint-Denis. 

Le comte de Paris se prénomme Eudes. Il est né aux alentours de 860. C'est le fils aîné de Robert le Fort, comte d'Anjou et de Blois, abbé de Saint-Martin-de-Tours, auquel le roi Charles le Chauve a confié, en 861, un vaste commandement contre les Vikings et les Bretons. Il appartient à la famille rhénane des comtes de Worms et Hesbaye. Robert le Fort meurt en 866 à Brissarthe en affrontant des Danois menés par le chef Hásteinn, qui sont venus ravager la vallée de la Loire et la ville du Mans. 

Siege de Paris par les V.ikingsA la mort de Robert le Fort, c'est Hugues l'Abbé, demi-frère d'Eudes, qui reçoit les charges de celui-ci et le commandement contre les Vikings.

Le siège de Paris par les vikings

Le 24 novembre 885, une flotte de Danois, forte de sept cents navires paraît sous les murs de Paris. A l'aube, leur chef Sigfriđr est reçu en audience par l'évêque Gauzlin et le comte Eudes, dans le palais épiscopal. Le Danois demande le libre passage des ponts ainsi que le droit de se rendre en Bourgogne où ses hommes et lui souhaitent hiverner. Eudes et Gauzlin refusent. Sigfriđr se retire en proférant des menaces et, dès l'aube, il lance ses hommes à l'assaut de la tour qui, sur la rive droite, garde l'entrée du grand pont fortifié. L'assaut dure deux jours ; la tour est fortement éprouvée ; les Danois tentent de l'incendier, mais sans succès. Comprenant que la ville résisterait plus longtemps qu'escompté, Sigfriđr installe un premier campement à hauteur de l'église Saint-Germain l'Auxerrois. Puis, les Vikings passent les mois de novembre et décembre à piller la région, faisant de nombreux prisonniers parmi les femmes et les enfants. 

Le 31 janvier 886, Sigfriđr lance un nouvel assaut, contre la tour ainsi que le pont fortifié. Les combats durent trois jours. Ayant comblé les fossés de la tour, les Vikings tentent de l'investir en la détruisant à l'aide de béliers. Puis ils halent trois bateaux sur la Seine, les couvrent d'herbes sèches auxquelles ils mettent le feu, dans l'espoir d'incendier le pont. Mais les navires virent et se bloquent contre l'éperon d'une culée du pont. A l'aube du quatrième jour, les Danois se retirent une nouvelle fois. Dans la nuit du 6 février 886, le Petit Pont reliant l'île à la rive droite s'effondre, emporté par la Seine en crue. La tour, qui le défend sur la rive, ainsi que les douze braves qui y montent la garde se trouvent subitement isolés. 

plaqueleudesA l'aube, Sigfriđr et ses hommes traversent le fleuve et se portent sur la tour pour l'incendier. A l'intérieur, les douze braves tentent d'étouffer le feu, en vain. Avant qu'elle ne s'effondre, les guerriers francs abandonnent la tour et se replient sur l'extrémité restante du pont. Le combat s'engage ; les Francs résistent vaillamment. Mais, bientôt, les héros, épuisés, acceptent l'offre faite par leur ennemi de se rendre pour être échangés contre une rançon. Ils jettent leurs armes pour se soumettre. Alors, les Danois les abattent, dépouillent leur corps et les jettent dans la Seine. De nouveau, une partie des Vikings part piller les régions alentour, situées entre la Seine et la Loire. La situation dans la ville de Paris commence cependant à se détériorer. Les vivres manquent et la maladie sévit.

Eudes et Gauzlin organisent la résistance

Début mars, répondant à la demande d'aide envoyée par l'évêque Gauzlin, Henri de Saxe, comte de Fulda, paraît devant les murs de Paris. Il amène du ravitaillement pour la ville et des renforts. Il repart début avril ; Sigfriđr fait alors traverser la Seine à ses hommes. Abandonnant leur camp de Saint-Germain l'Auxerrois, ils vont occuper le terrain de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Des négociations s'ouvrent alors entre les Francs et les assiégeants. Eudes et Gauzlin versent finalement la somme de soixante livres d'argent à Sigfriđr en échange de son départ. Le chef viking s'éloigne alors, entraînant avec lui une part seulement de ses hommes. Il fait voile vers Bayeux qu'il assiège. Le 16 avril 886, l'évêque Gauzlin, malade, décède. Le 12 mai, c'est Hugues l'abbé qui s'éteint à Orléans. Le comte Eudes sort clandestinement la ville afin d'aller lui-même mander du secours, auprès des seigneurs de Francie Occidentale.

Un mois passe ; enfin, fin juin, Eudes paraît sur les hauteurs de Montmartre. Aussitôt, les Danois traversent la Seine et se portent vers le comte pour lui interdire l'entrée de la ville. Les Francs chargent et forcent le passage. Eudes rentre dans la ville et les habitants l'accueillent avec ferveur.

couronnement roi eudesL'empereur Charles le Gros entend enfin la nécessité de mener ses troupes sur Paris. Fin août, il dépêche Henri de Saxe en avant-garde. Les Vikings, ayant eu connaissance de l'approche de l'armée de l'empereur, ont creusé de larges fossés dissimulés sous la paille et les branchages. Henri approche, il chevauche sans méfiance et tombe dans l'un des fossés. Les Danois, cachés tout autour, se jettent sur lui et le tuent. 

L'empereur arrive sous les murs de Paris, mi-septembre 886. Il est accompagné d'une armée, forte de six cents hommes. Il établit son campement sur la rive gauche, face au camp des Vikings. Les Danois engagent des négociations qu'ils font volontairement durer. Durant ce temps, Charles le Gros confirme Eudes dans les honneurs de son père et lui confie le commandement contre les Vikings à la place d'Hugues l'Abbé.

Les jours passent. L'hiver vient. Début novembre 886, l'empereur, brusquement, cède. Il octroie le passage vers la Bourgogne et promet, de plus, le versement de la somme de sept cents livres d'argent. Il lève ensuite son armée et part. Sans combat. Le siège est terminé. Les Danois partent hiverner en Bourgogne ; ils s'engagent dans l'Yonne et attaquent Sens sans parvenir cependant à prendre la ville. Le pays de Nevers est ravagé.

La destitution de l'empereur Charles et l'élection d'Eudes

L'empereur Charles a excessivement déçu les Grands du royaume en cédant ainsi devant l'ennemi. De surcroît, il est malade et souffre de violents maux de tête. En novembre 887, lors d'une diète réunie à Tribur, il est destitué de ses fonctions. Les Grands de Francie Orientale choisissent pour roi, Arnulf, son neveu, fils illégitime de Carloman. L'empereur décède le 13 janvier 888. Le fils posthume de Louis le Bègue, Charles, n'est encore qu'un enfant de huit ans, trop jeune pour régner. Se souvenant de sa vaillance face aux Vikings, le choix des Grands de Francie Occidentale se porte sur Eudes. Le 29 février 888, le comte de Paris est élu roi de Francie Occidentale et couronné, à Compiègne, par Gautier, archevêque de Sens...

 

Joëlle Delacroix est née en 1967. Docteur en informatique, enseignant chercheur, elle a toujours été passionnée par l'histoire du Haut Moyen-Âge franc et par l'épopée des Vikings. Elle est l'auteur de romans historiques : « Le siège de Paris par les Vikings » Tome 1 : Les Vikings sur la Seine, Tome 2 : Le choix de Porgils, aux Editions l'Harmattan, février 2013.

Bilbliographie

• Abbon, « Le siège de Paris par les Normands », Editions les Belles Lettres
• Edouard Favre, « Eudes comte de Paris et roi de France », Honoré Champion, Paris
• Serge Sochon, « Alerte, drakkars sur le Seine », éditions Charles Corlet.

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