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jules ferry 2Jules Ferry était est un homme politique français de la IIIe République, favorable aux idées républicaines héritées de la Révolution française. En 1870, la IIIe République est proclamée et Jules Ferry occupe dès lors d’importants postes ministériels. Il fait voter plusieurs lois qui renforcent les libertés publiques mais ses réformes les plus célèbres s’exercent dans le domaine de l’éducation. Votées entre 1879 et 1882, les lois scolaires Jules Ferry instaurent la gratuité, la laïcité (la religion n’intervient plus dans l’éducation) et l’obligation de l’enseignement primaire de 6 à 13 ans.

 

Jules Ferry, un républicain laïque

Né à Saint-Dié en 1832, Jules Ferry commence une carrière d’avocat avant d’être élu député puis maire de Paris en 1870. Opposé à la commune, il y gagne le surnom peu enviable de Ferry-La-Famine. Fervent soutien de la jeune IIIe République, il devient ministre de l’Instruction publique dans les ministères Waddington et Freycinet, puis président du Conseil à partir du 23 septembre 1880. Jules Ferry joua un rôle essentiel pendant ces années où les républicains allaient pouvoir appliquer les grands principes qu’ils avaient hérités de la Révolution Française.

Fidèle à cet esprit, Jules Ferry s’attacha à donner à l’État des structures laïques et lutta contre le cléricalisme pour ôter à l’Église son pouvoir dans la société. Plusieurs lois laïcisèrent les coutumes françaises, telle celle qui autorisa à travailler le dimanche et les jours de fêtes catholiques et celle qui supprima le caractère confessionnel des cimetières. La lutte contre le cléricalisme, réclamée par Gambetta dans son discours de 1877, était à l’honneur et, signe des temps, ce fut la même année que le mot « anticlérical » apparut dans le dictionnaire Littré.

Les réformes scolaires de Jules Ferry

jules ferryCe fut dans le domaine de l’éducation que Jules Ferry fit porter l’essentiel de son effort. Il réforma tout d’abord le Conseil supérieur de l’Instruction publique, dont il exclut toutes les personnalités étrangères à l’enseignement, ce qui revenait à en écarter les représentants du clergé. Puis il s’attaqua à l’enseignement supérieur en déposant en mars 1879 un projet tendant à supprimer la loi de 1875 qui avait Institué la liberté de l’enseignement supérieur et avait accordé à des jurys mixtes, comprenant des membres de l’enseignement privé, le droit de conférer les grades universitaires. Le projet de Jules Ferry n'aurait guère soulevé de passions s’il n’avait con tenu un article 7 qui visait les congrégations religieuses : « Nul n’est admis a diriger un établissement d'enseignement public ou privé, de quelque ordre qu’il soit, ni à y donner l’enseignement, s’il appartient à une congrégation non autorisée. » Cet article concernait environ 500 congrégations, mais, ainsi que Jules Ferry ne craignait pas de l’affirmer hautement, une d'entre elles était particulièrement visee, celle des jésuites, « prohibée par toute notre histoire ».

L’article 7 souleva une émotion considérable en France. Alors que les républicains et la Ligue de l’enseignement, fondée en 1866 par Jean Macé, se réjouissaient du coup porté aux congrégations, les catholiques se rassemblaient dans un Comité de défense religieuse qui organisa manifeste lion sur manifestation contre Jules Ferry, qualifié de «nouveau Néron». Cependant, en juillet 1879, la loi fut adoptée par la Chambre des députés, mais il lui fallait être ratifiée par le Sénat. Ce dernier corn portait de nombreux adversaires de le loi, auxquels s’était rallié le vieux Jules Simon qui jugeait l’article 7 «inutile, dangereux, impolitique». Le 9 mars 1880, les sénateurs, par 148 voix contre 127, repoussent l'article 7.

Au scrutin du Sénat, le gouvernement répondit en prenant deux secrets dont le premier enjoignait aux jésuites de se disperser dans un délai de trois mois et le second invitait les congrégations non autorisées à se mettre en règle dans le même délai. L’application de ces décrets ne se fit pas sans peine. Nombreux furent les militaires et les magistrats qui préférèrent démissionner de leurs fonçons plutôt que de diriger les opérations d’expulsion des congrégations, dont certaines ne purent se faire qu’au prix du siège des monastères. Plus de 250 couvents furent fermés et environ 5 000 religieux expulsés.

L’école laïque, gratuite et obligatoire

Arracher les petits Français à l’Ignorance et à l’emprise de l’Église, telle était la volonté de Jules Ferry et de l’équipe d’hommes qui, avec lui, s’attaquèrent à la réorganisation de l’enseignement, Ferdinand Buisson, Jean Macé, Camille Sée et Paul Bert. Pour les républicains, en effet, tout progrès social devait passer par une généralisation de l’enseignement à tous les enfants. L’école devenait le ferment du patriotisme et permettait de lutter contre I’« obscurantisme» de l’Église. Un enseignement laïc, gratuit et obligatoire, tel fut le principe qui dicta les lois ouvrant à tous les enfants le droit à l’instruction.

enseignement laique afficheVotée le 21 décembre 1880, à l’instigation du député Camille Sée, une loi Institua les lycées pour jeunes filles. Sous le second Empire, Victor Duruy avait tenté sans grand succès de créer des cours secondaires pour les filles. « Pour donner des compagnes républicaines aux hommes républicains», Jules Ferry ouvrit aux filles l’enseignement secondaire laïc. Ce fut une grande révolution dans les mœurs, tant était ancrée, même chez les libres-penseurs, l’habitude de confier les filles aux écoles religieuses. Pour former les professeurs de ces nouveaux lycées féminins, on créa une agrégation féminine ainsi que l’école normale supérieure de Sèvres.

La « pierre angulaire » des projets de Jules Ferry était de transformer l'enseignement primaire, et il était appuyé en cela par la Ligue de l’enseignement de Jean Macé, qui militait avec vigueur pour la gratuité. Une commission placée sous la présidence de Paul Bert, assisté de trois hommes venus du protestantisme libéral, Ferdinand Buisson, Théodore Steeg et Félix Pécaut, s'attaqua à la tâche d’édifier la nouvelle école primaire. Ils auraient voulu imposer en une seule fois les principes de gratuité, d’obligation et de laïcité, mais Jules Ferry préféra faire adopter ces réformes progressivement.

Le 16 juin 1881 fut votée la première loi décidant de la gratuité de l’enseignement primaire. Puis Ferry déposa un second projet prévoyant l’obligation faite à tous les enfants de six à treize ans de fréquenter une école. La laïcisation totale n’était pas encore décidée, mais l’instruction religieuse fut remplacée par l’instruction civique. Cette seconde loi rencontra une vive résistance de la part de la droite et elle ne fut votée qu’en mars 1882. Ces lois consolidèrent le mouvement d’alphabétisation et d’instruction en France. Les successeurs de Jules Ferry ont poursuivi son œuvre : en 1886 est votée la loi laïcisant le personnel enseignant dans le primaire.

L’héritage de Jules Ferry

La génération des instituteurs dit « hussards de la République » est celle de Jules Ferry. Leur action auprès des générations d’écoliers de la charnière des XIXe et XXe siècles joue le rôle clé qu’il attendait. Elle vulgarise et renforce l’esprit républicain par le bas. Elle cimente le rôle de pilier que l’éducation garde aujourd’hui dans la représentation de l’État républicain et égalitariste.

Personnage emblématique de la IIIe République, Ferry est un des premiers à imposer avec force et par la loi un idéal républicain nourri à la source du positivisme, de l’esprit métissé des Lumières et de la Révolution de 1789. Pour lui, l’esprit républicain ne peut s’épanouir qu’à deux conditions. Premièrement et sur le plan intérieur : l’affirmation d’une citoyenneté moderne passant par l’accès de tous à la culture, au savoir ; par le droit inaliénable de la liberté d’expression. En second lieu et sur le plan extérieur : une politique de grandeur et de prestige national. Il conduira lors de son second ministère une politique coloniale agressive et peu “éclairée” bien que dans l’air du temps. Elle causera sa chute en 1885 après un revers dans le Tonkin.

Homme tourné vers le progrès, la science, l’égalité, homme marqué par son anticléricalisme autant que par le refus des excès de l’extrême gauche, Ferry est à ce titre un des principaux représentants de l’esprit républicain progressiste, libéral, démocrate et optimiste de la fin du XIXe siècle.

Pour aller plus loin

Jules Ferry, biographie de Jean-Michel Gaillard. Fayard, 1989.

Jules Ferry, cet inconnu, biographie d' Éric Fromant. Editions L'Harmattan, 2018.

Histoire de la laïcité en France, de Jean Baubérot. « Que sais-je ? », 2017.